Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Médecin de famille mardi 5 novembre 2013

Critique Le Médecin de famille

Grand méchant loup, par Carole Milleliri

Le Médecin de famille

réalisé par Lucía Puenzo

Deuxième film de Lucía Puenzo après le très beau XXY (2007), Le Médecin de famille retrace un épisode étrange dans la vie d’une famille argentine, qui partagea pendant plusieurs mois le quotidien de Josef Mengele sans le savoir. Loin de la simple fiction historique, ce film d’atmosphère cherche à développer un malaise latent, mais ses intentions confuses et un suspense inutile le condamnent à demeurer sur un mode mineur.

À la recherche d’une forme de simplicité pour transposer une histoire vraie, Lucía Puenzo travaille une certaine finesse dramatique. Mais son scénario hésite dans la construction de son sujet, entre l’exploration de faits historiques peu évoqués au cinéma (la présence de réfugiés nazis dans l’Argentine des années 1960) et une réflexion sur le regard et le rapport au corps dans un cadre familial. Ainsi, en Patagonie, Eva et Enzo héritent d’une pension de famille, dont le premier occupant est un médecin allemand, le Dr Hector Gregor. Leur fille aînée, Lilith, douze ans, est bien trop petite pour son âge et se trouve vite confrontée à la dureté du regard des autres dans une école où l’enseignement en allemand prône la perfection physique comme l’exigence intellectuelle. Le traitement aux hormones de croissance, proposé par le nouveau médecin de famille, fait rêver l’adolescente, mais attire la suspicion de son père, dont l’attention est pourtant détournée par la grossesse gémellaire de son épouse. Ainsi Le Médecin de famille dresse un portrait de famille où se poursuit la réflexion entamée avec XXY sur les mystères de la génétique, le bouleversement de la naissance, la complexité des liens familiaux.

Ce premier film explorait les tourments identitaires d’une adolescente hermaphrodite confrontée pour la première fois à l’amour. Le Médecin de famille s’intéresse à nouveau aux affres d’une adolescence contrariée et à la perturbation d’un corps atypique, une perturbation touchant autant celle qui habite cette enveloppe « anormale » que ceux qui la regardent sans la comprendre. Ainsi le parcours clandestin de l’étrange médecin vient rencontrer les errements de la fragile et curieuse Lilith, qui préoccupent en premier lieu la réalisation. Toute la tension du film se niche dans la fascination de Lilith, la petite fille de la campagne, pour le démiurgique Hector Gregor, l’être aux manières civilisées et au savoir encyclopédique, avec lequel elle développe une relation privilégiée, entre admiration et crainte. La mise en scène prend un soin particulier à explorer les émotions fines d’une famille dont l’unité se craquelle lentement, comme infestée par la présence de ce médecin trop attentionné. Mais la réelle horreur, masquée par ses traits avenants, demeure de l’ordre de la suggestion. Quelques plans sur des archives gribouillées et des croquis anatomiques, puis la démonstration d’une fabrique de poupées à la perfection systématisée suggèrent la présence insidieuse d’une activité nazie dans ces terres reculées de Patagonie, quand l’identité véritable d’Hector Gregor est tue jusqu’au carton final.

Le Médecin de famille flirte davantage avec le fantastique que le film historique, dans des décors oppressants servis par une photographie envoûtante. Mais, le danger demeure toujours artificiel et les rebondissements finissent par s’essouffler d’eux-mêmes dans ce film à la beauté lisse, où un monstre des temps modernes traverse la vie de cette famille comme il traverse le cadre, sans éclat.

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