Les Petits Poucets

Les Petits Poucets

de Thomas Bardinet

  • Les Petits Poucets

  • France2008
  • Réalisation : Thomas Bardinet
  • Scénario : Thomas Bardinet
  • Image : Jérôme Peyrebrune
  • Son : Pascal Armant
  • Montage : Yohann Costedoat-Descouzères
  • Producteur(s) : Gwenaelle Clauwaert, Thomas Bardinet
  • Interprétation : Christophe Alévêque (Arthur), Marie-Christine Laurent (Laëtitia), Jean-Jacques Vanier (Baptiste), Mireille Roussel (Caroline) et les enfants : Léo Bardinet, Manon Lepage, Mathieu Lahontâa, Vincent Bardinet, Corentin Guinet
  • Date de sortie : 2 avril 2008
  • Durée : 1h45

Les Petits Poucets

de Thomas Bardinet

Quand l'indolence nous est contée


Quand l'indolence nous est contée

« Les enfants c’est comme les années, on ne les revoit jamais passer. » Avec cette citation, Louis-Ferdinand Céline touchait du doigt la plus vieille caractéristique de la nature humaine : Les enfants nous échappent et c’est ici toute la problématique du nouveau long métrage de Thomas Bardinet. Tout ceci sur un air de conte quasiment tué dans l’œuf car si Les Petits Poucets donnent d’entrée de jeu un ton angoissant voire ubuesque, le film détourne très vite les codes traditionnels du conte pour nous plonger en réalité dans une psychanalyse des liens familiaux.

La scène d’exposition annonce le récit parfait d’un véritable conte « à la Perrault ». La caméra se déplace à travers les sombres feuillages du bois mystérieux, le tout sur une douce et féminine voix off. On y parle d’ogres, d’enfants, d’enfants mangés par les ogres… Pour finalement passer rapidement la main à une histoire banale de vacances entre amis dans laquelle seul l’aspect angoissant du conte subsiste. Thomas Bardinet n’est là pour diffuser un discours ni imaginaire ni moralisateur, plus proche de l’analyse freudienne que de celle de Perrault. Et rien de tel qu’un semblant de huis clos pour l’analyse des rapports humains : une maison de campagne, isolée et bordée par un bois, dans laquelle se regroupent quatre amis (dont un couple) accompagnés de leurs enfants respectifs. Les petits s’ennuient, les grands ne semblent pas d’humeur très festive malgré la douceur estivale… Il ne faut donc pas craindre de prendre le même chemin.

Dans la manière dont Thomas Bardinet filme cet univers familial isolé et dans l’interprétation des différents rôles, tout semble trop lent et démontre une certaine inanité de son travail. Les actions, les déplacements de chacun tirent en longueur sans pour autant accentuer l’ambiance glaciale, ni même apporter de l’intrigue aux personnages. L’intérêt de cette lenteur semble n’avoir de sens que pour atteindre une durée totale de film égale à celle d’un long métrage. Certaines scènes auraient pu être réduites ou encore même évitées, ce qui aurait permis de mettre l’essentiel en avant, et non de le camoufler parmi tant d’éléments inutiles.

L’indolence de chacun s’arrête brusquement lorsque les enfants décident de faire une partie de cache-cache. À partir de ce moment, les images prennent légèrement plus d’entrain et de tonus. Les adultes deviennent ces êtres vulnérables aux prises de leurs propres peurs habituellement enfantines alors que les enfants affrontent sans craintes l’obscurité nocturne du bois et sa dangerosité pour en ressortir grandis. Par cette analyse du passage du monde enfantin à celui de l’adulte et par un subtil inversement des rôles, Bardinet finit par déjouer les codes pour offrir à son récit une abstraction dont il était jusqu’ici dépourvu.

Bardinet nous avait habitué jusqu’ici à un brillant talent de réalisation de courts métrages qui lui ont valu de nombreuses récompenses dans les festivals. Malgré ici sa jolie réussite de création d’univers enchanteurs, trop d’éléments nous poussent à penser qu’il aurait été préférable d’user encore une fois de ce format court qui lui réussit tant, pour donner à son film tout le dynamisme dont il manque aujourd’hui et ne garder que l’essentiel.

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