Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer

Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer

de Thomas Bardinet

  • Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer

  • France2011
  • Réalisation : Thomas Bardinet
  • Scénario : Thomas Bardinet
  • Image : Thomas Bardinet
  • Son : Thomas Bardinet
  • Montage : Thomas Bardinet
  • Musique : Thomas Bardinet
  • Producteur(s) : Thomas Bardinet, Laurine Pelassy
  • Interprétation : David Prat (Nino), Lou de Laâge (Natacha), Sarah Coulaud (Nathalie), Benoît Gruel (Polo)
  • Distributeur : NiZ!
  • Date de sortie : 25 avril 2012
  • Durée : 1h15

Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer

de Thomas Bardinet

Ange blond


Ange blond

Par sa figure mystérieuse, atypique dans la chanson française, Nino Ferrer méritait bien un film. Ce court long métrage n’est peut-être pas forcément celui qu’on attendait, mais en retournant à l’adolescence de la star de la chanson, Thomas Bardinet signe un agréable marivaudage à trois.

L’aventure est singulière, réalisée en dehors des codes cinématographiques habituels, dans la vitesse, sans grand financement, donnant du coup à Thomas Bardinet des allures d’homme-orchestre cumulant tous les postes sur le tournage.
« Pourquoi n’y aurait-il qu’une seule façon de faire un film ? », se demande Thomas Bardinet dans le dossier de presse. « Doit-on passer des années à écrire un scénario, n’est-il pas légitime de se lasser d’une histoire comme d’un enfant qui ne s’amuse plus devant un jeu trop utilisé ? Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer s’est justement écrit contre cette souffrance et surtout contre cette lassitude que l’on éprouve face à un projet qui, d’écriture en réécriture, de recherche de financement en présentation à diverses commissions, perd sa raison d’être. »

Ce discours, on l’entend de plus en plus chez les réalisateurs français, notamment ceux de la jeune génération. Il traduit un malaise, justifie parfois une flemme de dilettante, mais devient si récurrent qu’il faudrait peut-être davantage l’entendre. La frustration des artistes n’est pas forcément un gage de bonne création.
Surtout que le public ne semble pas rétif à des expérimentations de forme. Un monde sans femmes, sorti lui aussi par Niz ! en salles, a été un succès aussi bien à Paris qu’en province. Ce qui paraissait une gageure il y a encore quelques mois – distribuer un moyen-métrage et faire des entrées –, s’est révélé être une démarche viable dans ce marché si concurrentiel.
Bien que différent sur la forme choisie, Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer n’en partage pas moins avec le film de Guillaume Brac une légèreté qui ne peut que séduire. Pendant que tout un cinéma d’auteur français s’égare dans des sujets plus sombres les uns que les autres, dans une pesanteur sociale et psychologique qui tient de plus en plus du cliché, Thomas Bardinet ressuscite par son lâcher-prise un certain cinéma des années 1970 (on pense beaucoup à Pascal Thomas).

Sans crier au génie mais sans non plus bouder son plaisir, on s’amuse des jeux de l’amour et du hasard entre les trois jeunes acteurs. Thomas Bardinet a eu la bonne idée de les choisir dans la même troupe de théâtre ce qui renforce à l’évidence leur complicité et cela transpire à l’écran. Nino Ferrer est juste évoqué par l’intrusion plus ou moins subtile de chansons dans le récit, mais l’essentiel est ailleurs, en définitive.
En refusant de creuser les noirceurs de l’auteur de L’Arbre noir et du Sud, d’expliciter les moteurs psychanalytiques d’un artiste, il montre seulement un adolescent assez banal, si ce n’est sa beauté solaire, en proie à une attirance mal maîtrisée pour l’autre sexe. Dans un rôle de femme fatale en herbe, Lou de Laâge s’affirme comme une actrice à suivre.

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