London Boulevard
London Boulevard
    • London Boulevard
    • Angleterre
    •  - 
    • 2010
  • Réalisation : William Monahan
  • Scénario : William Monahan
  • d'après : le roman London Boulevard
  • de : Ken Bruen
  • Image : Chris Menges
  • Montage : Dody Dorn, Robb Sullivan
  • Musique : Sergio Pizzorno
  • Producteur(s) : Graham King, Tim Headington, Quentin Curtis, William Monahan
  • Interprétation : Colin Farrell (Mitchel), Keira Knightley (Charlotte), David Thewlis (Jordan), Anna Friel (Briony), Ben Chaplin (Billy), Ray Winstone (Gant)
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h42
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London Boulevard

réalisé par William Monahan

Pour sa première réalisation, le scénariste hollywoodien William Monahan semble vouloir rendre hommage à son univers fictionnel de prédilection : le film noir. Adaptant le best-seller éponyme de Ken Bruen, le scénariste vedette situe cette fois l’action de son film dans une capitale qu’il prend plaisir à épingler pour sa prétendue absence de règles (ici, même les majordomes consommeraient de l’herbe !). Pourtant, s’il reprend ses propres repères filmiques, le réalisateur ne parvient pas à s’extraire de tout conformisme, qu’il soit visuel ou scénaristique. Une absence d’empreinte personnelle inattendue et regrettable.

Scénariste oscarisé du très efficace Les Infiltrés de Martin Scorsese, William Monahan est parvenu, en l’espace de quelques collaborations remarquées, à imposer un univers diégétique reconnaissable entre plusieurs, tout particulièrement grâce à des personnages souvent sombres et en quête d’une rédemption personnelle. On peut donc légitimement comprendre son souhait de passer à la mise en scène, comme à la matérialisation filmique de cet univers singulier. William Monahan orchestre ici la confrontation entre le star system et le banditisme, supposés partager la même difficulté d’extraction pour celui ou celle qui en a goûté les avantages comme les (bien connus) inconvénients. À sa sortie de prison et en dépit de ses bonnes intentions, c’est donc très rapidement que Mitchel va expérimenter la vérification du célèbre adage prétextant qu’on ne peut entièrement se défaire de son passé. Acceptant d’aider son ancien complice Billy dans quelques magouilles orchestrées par Gant, une crapule notoire, Mitchel va s’essayer à une tentative de reconversion en devenant le garde personnel de Charlotte, une star de cinéma obligée de vivre recluse dans une prison dorée afin d’éviter les paparazzi guettant le moindre de ses mouvements et de ses amants. Une idylle amoureuse s’installe progressivement entre les deux personnages, qui n’est pas du goût de Gant…

Même si elle n’apparaît certainement pas bénéficier d’une grande nouveauté, l’intrigue principale a le mérite d’être portée par un casting de choix, tant Colin Farrell et Keira Knightley semblent avoir été eux-mêmes les victimes d’images stéréotypées, limitant un certain temps l’étendue de leurs rôles ; celui de la petite frappe pour l’un, de la starlette esseulée (et bien trop maigre !) pour l’autre. L’intrigue développée par William Monahan avait donc potentiellement de quoi représenter pour les deux acteurs la promesse d’une sorte de revanche sur cette forme de passé cinématographique. Malheureusement, alors qu’on pouvait se sentir en droit d’espérer de la part de William Monahan une prise de distance vis-à-vis des codes scénaristiques accompagnant généralement ce type de film, comme pour mieux décomplexer le genre et lui ouvrir peut-être la voie vers l’intrusion d’un humour british, l’apprenti-réalisateur tombe dans le piège de la superficialité formelle et des situations convenues. Loin de reconfigurer les traits scénaristiques du genre, William Monahan n’en propose qu’une pale transposition dans l’univers londonien, dynamisant certes l’efficacité de l’action dramatique par la présence d’une musique très british (de Kasabian aux Clash) mais qui est loin de pouvoir refléter une quelconque tentative d’inventivité.

Il en résulte que cet air de « déjà-vu » étouffe bien trop rapidement les situations dramatiques du film, et interdit toute possibilité d’une construction psychologique suffisante des personnages. Tandis que Colin Farrell nous ressert avec tout son sérieux (et là réside tout le problème) son numéro d’ex-délinquant au bon cœur, Keira Knightley semble se complaire dans un rôle de starlette innocente, suffocant dans un star system qui écrase sa sensibilité et ses vieux rêves de jeune fille. La formation d’un tel couple s’apparente aussitôt à un élément de propagande conformiste, invitant le spectateur à passer sans regret son chemin.