Accueil > Actualité ciné > Critique > Magnifica Presenza mardi 30 juillet 2013

Critique Magnifica Presenza

Il y a un cauchemar dans mon placard, par Carole Milleliri

Magnifica Presenza

réalisé par Ferzan Özpetek

Depuis la fin des années 1990, Ferzan Özpetek est obsédé par trois choses : les méandres de la mémoire, les croisements entre petite et grande histoire, la défense d’une homosexualité épanouie. Ces thèmes structurent nombre de ses films, certains étant concentrés sur la quête identitaire et la reconnaissance de l’homosexualité (comme Hammam, 1996, ou Tableau de famille, 2001), d’autres brassant simultanément l’ensemble de ces questions (comme La Fenêtre d’en face, 2003). Avec Magnifica Presenza, ses différentes obsessions sont mêlées par le biais de la comédie surnaturelle. Le résultat n’est pas effrayant, il est juste insupportable.

Trentenaire homo timide et rêveur, Pietro (Elio Germano) quitte la Sicile pour monter à Rome et devenir acteur. Avec l’aide de sa cousine (Paola Minaccioni, actrice comique et cabotine), il trouve un appartement pour un prix étrangement raisonnable dans le quartier bourgeois du Monteverde. Sans se soucier du comportement névrosé de la précédente locataire ou des regards fuyants du voisinage à ses questions, Pietro embrasse avec candeur sa nouvelle vie citadine. Il découvre vite la présence de fantômes dans un logement où il est alors observé en permanence, comme s’il était lui-même une apparition magique pour ces êtres ignorant tout de leur état. Pietro va peu à peu se lier d’amitié avec ces spectres des années 1940 et reconstituer l’histoire d’une troupe de comédiens engagés dans la résistance.

Diffusé en VOD sur Orange et iTunes depuis le 10 juillet 2013, le film disparaît de ces espaces pour venir hanter les salles le 31 juillet. Cette double sortie doit aider une comédie difficile à marketer sur les écrans français à exister dans la marée des légèretés estivales. Jouant ouvertement la carte de la fantaisie, Magnifica Presenza cherche aussi à dire quelque chose sur la difficulté de voir ses rêves brisés par la férocité du réel (la troupe fantomatique victime d’une trahison fatale, Pietro perdu dans la mascarade des castings). Mais le propos demeure vague et fort naïf. Ainsi le film s’étire-t-il à l’envi pour atteindre péniblement la durée du long-métrage et s’étiole dans sa pseudo-extravagance.

Si Magnifica Presenza interroge la mémoire des personnages et de la ville en exhumant le souvenir d’événements fictifs de la Seconde Guerre mondiale, il convoque aussi une mémoire théâtrale et cinématographique. Entre Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello et Fantômes à Rome d’Antonio Pietrangeli (1961), où les fantomatiques Marcello Mastroianni et Sandra Milo cohabitaient avec le prince Eduardo De Filippo dans une vielle demeure romaine, Ferzan Özpetek charge son film de références dont il ne parvient pas à dépasser le souvenir. Chez lui, la présence de spectres aux personnalités excentriques ne donne lieu à aucune idée de mise en scène et ne construit qu’une originalité de façade. La légèreté de la comédie ne doit pourtant pas signifier la minceur du contenu. Pourtant, on touche le fond quand Pietro fait découvrir Internet aux fantômes de la seconde guerre mondiale, fascinés par la reconstitution virtuelle de leur passé. Deus ex machina des temps modernes, Google permet de dénouer des fils dramatiques fragiles en collant tous les personnages derrière un ordinateur, pour leur révéler en un plan et quelques secondes toute l’histoire des années 1950 à 2010 (« Quoi ? Les Américains ont un président noir ! »…). Cette facilité narrative est au niveau des clichés brassés par un film où l’homosexualité du héros, abordée en deux scènes bâclées, est instrumentalisée pour « justifier » la sensibilité du seul personnage capable de voir les apparitions spectrales.

Özpetek a été plus pertinent et plus justement engagé. Avec toute la bonne volonté du monde, on ne parvient plus à trouver quoi que ce soit pour sauver son cinéma, dont les hauts sont bien plus rares que les bas.

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