Accueil > Actualité ciné > Critique > Mon beau-père et nous mardi 21 décembre 2010

Critique Mon beau-père et nous

Un air de famille, par Julien Marsa

Mon beau-père et nous

Meet the Parents : Little Fockers

réalisé par Paul Weitz

Troisième volet des affrontements familiaux entre Ben Stiller et Robert De Niro, Mon beau-père et nous réunit tous les personnages des épisodes précédents pour un déluge de gags en dessous de la ceinture. Sous les apparats d’un récit sur la passation de pouvoir, nos deux têtes d’affiche remettent le couvert, et s’en donnent à cœur joie pour tenter de nous prouver que le ridicule ne tue pas. Ou si peu.

Après un second épisode très focalisé sur le sexe, où le couple Dustin Hoffman/Barbra Streisand en faisait des tonnes dans le style post-hippie décomplexé, ce volet final emprunte une voie similaire. En passe de prendre les rennes de la famille, le chef infirmier Gaylord Furniker (Ben Stiller) doit faire face aux avances d’une collègue délurée (Jessica Alba) pour qui il doit assurer la promotion d’un produit concurrent du Viagra. Au passage, une petite scène de toucher rectal pour soulager un patient prend la forme d’un simili-orgasme entre les deux associés, et vient ainsi confirmer l’hypothèse d’une comédie potache, un simple épisode de plus pour une série reine du box-office, où la moquerie porte finalement peu atteinte à l’image d’un casting de stars. Le cahier des charges d’un volet final est vite rempli, en convoquant chacun des personnages secondaires pour faire son petit numéro devant la caméra : Dustin Hoffman est joint par téléphone car il est parti en Espagne pour apprendre le flamenco, Barbra Streisand fait des apparitions télévisuelles dans son show consacré à la sexualité, et un hilarant Owen Wilson skype son pote Ben depuis l’autre bout du monde pour lui faire part d’un projet de mariage délirant. Au milieu de ce déferlement de moyens de communication, un De Niro inquisiteur fait figure de rempart à la modernité. C’est peut-être ce qui peut séduire ici par intermittence, et qui a provoqué inconsciemment le succès de la série dans les salles obscures : le jeu outrageusement old fashion et auto-parodique d’un monstre sacré du cinéma face à la fantaisie débridée d’un comique moderne comme Ben Stiller.

En dehors des numéros d’acteurs, sur lequel le film repose en majeure partie, la mécanique comique du récit nous entraîne dans une logique de quiproquos incessants, dont le systématisme fatigue à la longue. Un petit refuge parodique permet de temps à autre de reprendre son souffle (un emprunt au Parrain, aux Dents de la mer, une apparition d’Harvey Keitel…), mais le rythme du montage ne laisse que peu de temps à la flânerie. Divertissement calibré, mais qui se permet ponctuellement quelques piques et saillies sur le conservatisme à l’américaine, notamment sur le volet de l’éducation. Car ce sont bien les enfants de Furniker qui sont au centre de cet épisode (amusant titre du film, en V.O : Little Fockers), et cristallisent les attentes et inquiétudes de la famille. C’est là que l’affrontement entre Ben Stiller et De Niro prend tout son sens comique. Entre un grand-père paranoïaque, reflet d’une Amérique qui n’en finit plus de se chercher des ennemis partout, érigeant sa petite-fille en parfaite espionne du moindre faux pas dans la vie de couple de ses parents, et un Furniker plus laxiste, l’opposition de deux visions de l’American way of life se fait bien sentir. Et cette comédie plutôt inoffensive se permet le temps de quelques scènes de dérouter gentiment en réunissant ces deux conceptions. Furniker et son beau-père se rendent dans une école dont les frais d’inscriptions sont très onéreux, dans l’optique d’y inscrire les deux petits « Fockers ». Une école qui prône une éducation très libertaire, où l’épanouissement de chacun par le biais d’activités personnalisées est érigé en doctrine. Paradoxalement, les enfants doivent d’abord y passer un test d’aptitude, qui se déroule de manière désopilante sous les yeux de la famille derrière un miroir sans tain. Entre surveillance et fausse exhibition d’une liberté d’action, ce n’est pas le moindre des mérites de cette scène que de mettre poliment un petit coup de pied aux fesses du spectateur hypnotisé par les atours calibrés du film. Bon, cela reste en dessous de la ceinture, mais ce n’est déjà pas si mal.

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