Accueil > Actualité ciné > Critique > Polina, danser sa vie mardi 15 novembre 2016

Critique Polina, danser sa vie

© Carole Bethuel – Everybody on Deck

Impuissance du corps, par Josué Morel

Polina, danser sa vie

Avec Polina, danser sa vie, le chorégraphe Angelin Preljocaj, accompagné de Valérie Müller, s’essaie pour la première fois au cinéma de fiction. Ce titre, clin d’œil au Vivre sa vie de Godard, a ici valeur de programme puisque le film entrelace des scènes de danse embrassant plusieurs genres (classique, moderne, break-dance) avec le récit d’une jeune fille qui rêve de devenir danseuse. Polina se présente ainsi comme un portrait très balisé, découpé en trois temps (enfance/adolescence/âge de la maturité – artistique et sentimentale), dont la singularité tient toutefois à ce rôle qu’occupe la danse au sein de la narration. Sur ce point, le film pose trois pistes possibles de mise en scène de cette discipline que connaît bien Preljocaj : 1) faire de la danse un pur enjeu figuratif, en suspension du récit, 2) filmer moins le personnage que le corps de l’actrice, en l’analysant et en le décomposant par le montage, 3) lier intrinsèquement le flux de la vie de Polina à l’évolution de son art, en faisant donc des chorégraphies le cœur même de la fiction. Le film privilégie très nettement la troisième piste, délaisse la première et s’aventure seulement le temps de deux séquences (les seules à sauver de ce long-métrage) sur le terrain de la fragmentation des corps.

De la danse à la chronique

Si le parti-pris ne manque pas d’intérêt, Preljocaj et Müller ne parviennent toutefois pas véritablement à intégrer les chorégraphies à une dynamique dramaturgique, ce qui explique que les enjeux (par exemple : la séparation de Polina avec son compagnon, joué par Niels Schneider) soient redoublés par une explication de scénario, pour souligner ce que la mise en scène peine à dégager. C’est toutefois lorsque le récit se poursuit en parallèle de la danse que le film touche vraiment le fond, tant il s’embarrasse d’arcs narratifs éculés et s’empêtre dans une forme de chronique dont il ne sait que faire. Le montage, catastrophique, rafistole alors laborieusement des embryons de scènes, comme ce plan fugace où Niels Schneider boit seul une bière dans sa cuisine pour figurer que son couple bat de l’aile. Le tandem de réalisateurs s’en remet par ailleurs à des effets ridicules (un travelling compensé à la Vertigo, la répétition d’un même plan symbolisant le quotidien monotone de Polina) qui achève de saborder ce projet incapable à la fois d’embrasser le souffle d’une fresque (le film s’étend pourtant sur une dizaine d’années et trois pays) et de dresser le portrait contrasté d’une artiste en devenir.

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