Rendez-vous à Kiruna
Rendez-vous à Kiruna
    • Rendez-vous à Kiruna
    • France
    •  - 
    • 2012
  • Réalisation : Anna Novion
  • Scénario : Olivier Massart, Anna Novion, Pierre Novion
  • Image : Pierre Novion
  • Son : Cédric Deloche, Anne Gibourg, Emmanuel Croset
  • Montage : Anne Souriau
  • Musique : Pascal Bideau
  • Producteur(s) : Yann Gilbert, Cécile Telerman
  • Interprétation : Jean-Pierre Darroussin (Ernest), Anastosios Soulis (Magnus), Claes Ljungmark (Stig)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Durée : 1h37
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Rendez-vous à Kiruna

réalisé par Anna Novion

Deuxième long-métrage pour Anna Novion après Les Grandes Personnes (2008), et nouvelle baguenaude en Suède pour Jean-Pierre Darroussin que la réalisatrice franco-suédoise aime filmer en milieu scandinave.

Architecte à succès, Ernest (Jean-Pierre Darroussin) est à l’aise comme un poisson dans l’eau lorsqu’il se trouve au sein de son cabinet, beaucoup moins en dehors. Ce personnage réglé, Anna Novion se propose de le dérégler par le biais du road-movie, genre cinématographique bien connu où le(s) protagoniste(s) chemine(nt) vers une vérité intime par le biais du déplacement – et d’un éventuel point de chute. Kiruna, qui sonne un peu comme une localité de l’Afrique des grands lacs, se trouve au nord de la Suède ; ce sera l’aboutissement de la ligne de fuite de l’architecte. Il doit s’y rendre pour reconnaître le corps d’un fils décédé, qu’il n’a jamais connu, pour, in fine, faire le deuil de l’enfant qu’il n’a donc jamais eu.

Dans le devis du road-movie figure aussi la rencontre. Ici Magnus (Anastasios Soulis), jeune homme paumé, le coeur déchiré, faisant du stop, qui sert d’abord de GPS à Ernest sur les routes suédoises. Cette rencontre hasardeuse sera un autre révélateur : une altérité devenant compagnie précieuse, nécessaire. Un sédentaire – un policier à la retraite – fait contrepoint à ces deux nomades de circonstance, représentant la promesse d’un twist lorsque les trajectoires se croiseront. On s’étonne du manque de singularité de Rendez-vous à Kiruna, qui ne cherche jamais à sortir des rails d’un genre pour le moins borné. Magnus et Ernest s’attachent l’un à l’autre – après l’indifférence et la phase de domestication –, comme à une figure de substitution réciproque : le père et le fils. Bref, un enjeu dramatique plutôt mince et entendu. Aussi les lieux communs égrainent-ils le parcours : bikers locaux, rockers kaurismakiens (du voisin finnois), coup de gnôle imbuvable, etc. Dans ce domaine, notons néanmoins l’apparition fugace, poétique et intrigante d’un élan majestueux dans un sous-bois.

Le film dispose d’une dimension très littérale ; Ernest annonce à sa compagne : « mon chantier, c’est un pont » ; ce voyage sera donc pour le personnage une nouvelle façon d’aller vers l’Autre. Quant à la mise à nu du protagoniste principal, elle culmine lorsque la nudité du paysage nordique est à son maximum. Film sans réelles qualités, Rendez-vous à Kiruna ne croule pas pour autant sous les défauts : réalisation appliquée (insistant sur un effet de champ-contrechamp entre visages et paysages), interprétation de qualité. Anna Novion cherche et trouve un ton doux-amer, mais on retient surtout la sagesse d’un itinéraire balisé, une sorte de production moyenne, ce qui ne peut évidemment être tenu pour suffisant. On tient là une sorte de mal français dans ce manque d’audace général, pour de grosses qualités, on serait prêt à accepter de grands défauts. Arrivé à Kiruna, on a toujours la certitude que les voyages seront toujours plus beaux sans GPS – réels ou de substitution –, c’est-à-dire avec cette belle idée de se perdre, de tourner au mauvais endroit, de se laisser surprendre et ravir.