Accueil > Actualité ciné > Critique > Robinson Crusoe mardi 19 avril 2016

Critique Robinson Crusoe

© StudioCanal

Les zouaves du Pacifique, par Ursula Michel

Robinson Crusoe

réalisé par Vincent Kesteloot

Si le roman de Daniel Defoe a inspiré de nombreuses adaptations et relectures, la vision animée proposée par le Belge Vincent Kesteloot a de quoi surprendre. Le naufragé Crusoe, bien qu’il donne son titre au film, n’en est aucunement le héros mais plutôt l’alibi narratif pour conter une toute autre histoire : celle des animaux peuplant l’île, d’abord dérangés, curieux puis conquis par cette présence humaine inopinée. Sans avoir l’air d’y toucher, le réalisateur délaisse l’homme pour la nature, fait dévier le centre narratif anthropologique habituel pour observer finalement un écosystème indépendant que Robinson doit intégrer et non soumettre.

Focus animal

Détecté in extremis par des pirates sur une île déserte, le jeune Britannique Robinson Crusoe, enfin sain et sauf, s’apprête à raconter les événements qui l’ont conduit au naufrage sur cette île. Mais son récit prenant rapidement les atours d’une vérité travestie, un perroquet reprend à sa charge la narration pour donner sa version des faits. Construit comme un immense flashback, Robinson Crusoe étonne dès les premières minutes par l’immersion réussie de sa 3D. Embarqué dans une course poursuite entre deux souris et un malingre félin sur un bateau, le spectateur comprend rapidement que les animaux tiennent le haut du pavé, les humains ne faisant qu’acte de présence. La véritable voix du film, l’ara Mardi, volatile émerveillé chaque jour par les débris qui s’échoue sur la plage prouvant selon lui qu’une autre vie existe au-delà des côtes de son île, oriente Robinson Crusoe dans une direction rarement explorée. Si l’anthropomorphisme règne en maître, les animaux incarnent chacun un archétype romanesque précis : le perroquet idéaliste, le colibri peureux et méfiant, le vieux bouc sage, le tapir pragmatique et les suiveurs pangolin, hérisson et caméléon. Les rôles prédéterminés de cette petite ménagerie sont réévalués lors de l’irruption de Robinson, bousculant la hiérarchie jusque-là établie. Conflits, longues palabres, la démocratie animale accouche d’une décision : accepter la cohabitation avec l’humain, l’aider dans son installation et peut-être quitter l’île quand une opportunité poindra.

Prise de la basse île

Grâce à sa brochette de bestioles haute en couleurs (le bouc myope comme une taupe, le tapir boulimique), Robinson Crusoe cultive durant une heure et demi un humour savamment orchestré, jouant sur les attentes du public (le camouflage du caméléon par exemple) et produisant des situations drôlissimes. Mais un bon film d’animation se doit de mettre en scène un ennemi. Et Vincent Kesteloot frappe un grand coup avec ses chats. Les deux félins, survivants eux aussi du naufrage du navire de Crusoe, rivalisent de cruauté et de machiavélisme pour devenir les maîtres de l’île. Cette lecture darwiniste, où seuls les plus adaptés survivent et dominent, monte en puissance jusqu’à une attaque dantesque des siamois, véritable tour de force d’animation. On virevolte entre les branches, on dégringole entre les rocailles à vitesse grand V, on s’accroche, on rivalise de chausses trappes ingénieuses, le tout habillé par une 3D jaillissante réjouissante, une fois n’est pas coutume. En transformant son film, non pas en adaptation du roman de Defoe mais plutôt comme un épisode inconnu entre deux naufrages, Kesteloot émerveille par les qualités techniques de son film, par son scénario original et son humour bon enfant mais pas mièvre. La Belgique démontre ainsi avec Robinson Crusoe qu’elle peut faire la nique aux plus grands pourvoyeurs d’animation internationaux.

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