Accueil > Actualité ciné > Critique > Spy mardi 16 juin 2015

Critique Spy

James Bourde, par Clément Graminiès

Spy

réalisé par Paul Feig

Tout au long de sa collaboration avec le réalisateur Paul Feig, l’actrice Melissa McCarthy n’aura cessé de gravir les échelons : second rôle remarqué dans Mes meilleures amies (qui lui vaudra une nomination à l’Oscar et une reconnaissance internationale), binôme explosif de Sandra Bullock dans le réjouissant Les Flingueuses, la voici désormais presque seule à bord (ne vous fiez pas à l’affiche trompeuse, Jason Statham et Jude Law n’occupant que des rôles de second plan), catapultée espionne de terrain pour le compte de la CIA dans une sombre affaire de trafic d’arme nucléaire. L’argument imparable du film (et peut-être un peu facile, pourrait-on dire) est de miser sur le physique de l’actrice pour créer un décalage permanent entre le danger que représentent certaines situations et l’inaptitude du personnage à pouvoir remplir ses objectifs. Mais l’intelligence du film tient probablement au fait qu’il ne se suffit pas à une répétition lassante de situations humiliantes, même si l’actrice semble prendre un malin plaisir à s’embarrasser de looks improbables et dévalorisants censés la camoufler. À la différence d’autres parodies de films d’espionnage (la série des Y a-t-il un flic pour... par exemple) qui surexploitent les invraisemblances scénaristiques, Spy joue plutôt la carte de l’hommage amusé aux James Bond. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le générique de début rejoue la partition de l’ouverture de Skyfall, jusqu’à singer la célèbre chanson éponyme d’Adele.

Comme pour de vrai

De ce goût pour l’imitation résulte un scénario plutôt bien fichu qui sait entretenir un certain suspense et ménage quelques rebondissements. Mais si les scènes d’action (et certaines plutôt spectaculaires, on retiendra par exemple le duel chorégraphié dans la cuisine d’un restaurant de Budapest) sont au rendez-vous, le réalisateur désamorce systématiquement la tension narrative par le biais de dialogues souvent triviaux prétextes à mettre en lumière les névroses inavouables de ses personnages : une vie sentimentale désertée, un complexe rapport à l’image du père, une sérieuse tendance à la mythomanie, etc. Seulement, à la différence des Flingueuses dont l’humour très borderline trouvait sa source dans la peinture acérée de deux inadaptées sociales, Spy ne s’octroie pas beaucoup de flottement, multipliant les tableaux à un rythme effréné. La limite du projet tient du coup à cette surenchère de cocasserie (ce qui nous vaudra une dispensable apparition du rappeur 50 Cent ou encore une multitude de ralentis dont l’effet comique reste encore à démontrer) qui tend à verrouiller un peu trop le film et à rendre ses personnages prisonniers de certaines conventions narratives sur l’acceptation et le dépassement de soi.

Impolitesse prévisible

Sous ses dehors irrévérencieux, Spy s’encombre finalement presque des mêmes travers conformistes que Mes meilleures amies. Rappelons que le film s’achevait sur un mariage se déroulant sous les meilleurs auspices et la promesse d’un amour pour notre héroïne frustrée alors que cette dernière s’était épuisée pendant près de deux heures à tourner en ridicule l’institution du mariage et des enterrements de vie de jeunes filles. À distance de cette mauvaise foi outrancière qui faisait tout le sel de Mes meilleures amies, Spy se garde bien de faire bouger les lignes. Davantage engagée dans son combat contre les terroristes que dans l’accomplissement de ses fantasmes romantiques, le personnage interprété par Melissa McCarthy entretient au mieux un espoir pathétique dans son désir pour un autre espion (Jude Law), au pire se résigne à chercher ailleurs d’autres sources de satisfaction. Finalement, même si le film formule la promesse de tout faire exploser sur son passage, on a l’étrange sentiment que chacun reste à la place que son physique lui assigne. Mais ce n’est peut-être pas pire que toutes les conclusions hypocrites de nombreuses productions hollywoodiennes qui tentent de nous convaincre du contraire.

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