Accueil > Actualité ciné > Critique > Tout en haut du monde mardi 26 janvier 2016

Critique Tout en haut du monde

Le Norge, l’odyssée de Sacha, par Raphaëlle Pireyre

Tout en haut du monde

réalisé par Rémi Chayé

Grand-père avait raison

Sacha est convaincue que le Davaï, brise-lames conduit par son grand-père Oloukine et réputé insubmersible, n’a pas été englouti sur sa route à la découverte du pôle Nord. Issue de l’aristocratie russe, cette jeune fille impétueuse et insoumise entend bien prouver que son aïeul explorateur avait raison et retrouver le bateau dans lequel le tsar regrette d’avoir englouti des sommes colossales. Ce premier long métrage produit par Sacrebleu vient couronner le parcours royal suivi par Rémi Chayé ces dernières années dans l’animation d’auteur en France : les bancs de l’école de la Poudrière à Valence, avant d’être assistant de Jean-François Laguionie (et après un petit détour par les légendes celtiques mises en image et musique dans les studios de l’Irlandais Tomm Moore). Avec cet héritage, il n’est pas étonnant que les étendues vides du pôle Nord lui offrent un formidable terrain de jeu pour s’essayer aux changements de lumières et de couleurs de ces paysages loin de toute présence humaine.

Le long métrage d’animation, cette odyssée

Le récit de cette jeune aristocrate intrépide prête à surmonter toutes les épreuves et affronter les rencontres effrayantes pour partir à la conquête d’une terra incognita rassemble tous les éléments de l’aventure dans la pure tradition de Jules Verne dont il épouse l’époque. Pourtant, la simplicité du dessin de Rémi Chayé s’éloigne en tous points de l’esthétique surchargée des images liées à l’écrivain français, que ce soit dans les gravures parues concomitant aux parutions des romans dans les éditions Hetzel ou dans les adaptations cinématographiques postérieures. Faits d’aplats, éliminant les contours, les dessins de Rémi Chayé et son équipe cherchent à toucher droit aux émotions des personnages, prenant le parti radical de s’éloigner du réalisme en simplifiant le trait, par exemple en chassant tous les détails. Cruel dans les scènes de foule (le bal, par exemple, gagnerait à être stylisé davantage pour ne pas donner l’impression de manquer de consistance), cet ascétisme des formes trouve la grâce dans les scènes de paysages.

Cette odyssée qui part de Saint-Petersbourg pour aller jusqu’au pôle Nord va offrir l’occasion de dépeindre toutes les variations possibles autour de la neige, le givre, les vents glacés. Nous nous faisions déjà l’écho des écueils propres au long métrage d’animation français à propos de la sortie d’Avril et le monde truqué récompensé du Grand Prix du festival d’Annecy (où Tout en haut du monde a reçu, lui, le Prix du public). Ici, le film se perd par moments en quittant le sentier contemplatif où il excelle pour boucler un scénario d’aventure dans des péripéties qui souffrent d’un manque de rythme. Le suspense dans les glaciers s’intègre mal dans un récit qui se distingue par sa capacité à entraîner le spectateur dans la lenteur d’une marche empêchée par le blizzard.

L’application passe en revanche dans l’élaboration en 3D du Norge, brise-lames qui va partir à la recherche de l’épave envoyée par le tsar à la découverte des terres vierges. Ce sont parmi les plus belles scènes qui se passent sur ce navire, à observer avec attention les gestes et attitudes des marins. Condition à laquelle elle pourra faire partie du voyage, Sacha embarque parmi l’équipage en tant que mousse, alors qu’elle est la commanditaire et guide de l’épopée. Proche de certains personnages féminins de Miyazaki, elle est une magnifique héroïne, mue par une idée fixe au point d’accepter toutes les métamorphoses qu’impose son voyage autant initiatique que géographique.

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