La Vie de château
© Jean-Claude Lother
La Vie de château
    • La Vie de château
    • France
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Modi Barry, Cédric Ido
  • Scénario : Modi Barry, Cédric Ido, Joseph Denize, Matthew Gledhill
  • Image : Antoine Monod
  • Décors : Karim Lagati
  • Costumes : Anne-Sophie Gledhill
  • Son : Gauthier Isern, Alexi Jung, Toni Di Rocco
  • Montage : Flora Volpelière
  • Musique : Nicola Tescari
  • Producteur(s) : Toufik Ayadi, Christophe Barral, Marc du Pontavice, Matthew Gledhill
  • Production : SRAB Films, One World Films, M141 Productions
  • Interprétation : Jacky Ido (Charles), Tatiana Rojo (Sonia), Jean-Baptiste Anoumon (Moussa), Zirek Ahmet (Mourat), Felicite Wouassi (Djenaba), Gilles Cohen (Dan), Ralph Amoussou (Julius)
  • Distributeur : Happiness Distribution
  • Date de sortie : 9 août 2017
  • Durée : 1h21

La Vie de château

Pour leur premier long-métrage, les réalisateurs Modi Barry et Cédric Ido offrent une immersion dans le quartier parisien de Château d’Eau, enclave bouillonnante de la diaspora africaine en plein cœur de la capitale. Si l’endroit est connu, peu de Parisiens extérieurs à cette communauté en connaissent finalement l’organisation, les codes et la hiérarchie qui régissent son fonctionnement. À travers le personnage de Charles, rabatteur – respecté par ses pairs – pour le compte d’un salon de coiffure afro, La Vie de château tente de restituer ce microcosme dont l’activité débordante est circonscrite à quelques rues du dixième arrondissement. Autour de ce personnage-moteur gravite une galerie de personnages clairement caractérisés (l’intrigante, l’ambitieuse, le mythomane, etc.) mais tous portés par cette même volonté : faire leur trou à Paris et ne jamais perdre la face devant les autres, vivre coûte que coûte cette vie dont ils ont rêvé lorsqu’ils étaient encore au pays. Refusant en bloc le misérabilisme, peu enclins à jouer la carte de la complaisance envers leurs personnages qu’ils croquent pourtant avec une tendresse évidente, les deux réalisateurs ont refusé de s’engouffrer dans une esthétique documentaire : ce choix de revendiquer l’artifice de la fiction, qu’ils présentent dans le dossier presse comme un parti-pris nécessaire pour obtenir la confiance des habitants lors du tournage, permet au film de se distinguer du tout-venant d’une certaine production française à tendance naturaliste. Tout le potentiel de La Vie de château est d’ailleurs en germe dans son écriture ciselée : refusant le spectaculaire, le récit ne cherche aucunement à gonfler artificiellement une tension dramatique, préférant la chronique stylisée au culte du puissant enjeu dramatique qui doit trouver son propre achèvement et sa résolution.

Rendez-vous manqué

Cette relative quiétude qui parcourt le film de bout en bout (on nous évitera la scène redoutée de contrôle de papiers, l’administration française restant soigneusement rivée au hors-champ) lui donne un charme estimable tout comme elle peut paradoxalement paraître source de déception : le risque que prennent Modi Barry et Cédric Ido est en effet de limiter leur premier long-métrage à quelques impressions trop périssables en raison d’un manque manifeste d’envergure qui se traduit par un montage trop linéaire. On note par exemple une tendance un peu fâcheuse à faire se succéder les scènes où chaque personnage – introduit par un agaçant arrêt sur image qui permet à son prénom de s’afficher – y va de son petit numéro lui permettant de se distinguer du groupe. Cet échec relatif à saisir la singularité de l’endroit tient entre autres du fait que la restitution du périmètre ne devient jamais un enjeu suffisant de mise en scène. Mais il montre aussi combien le tandem de réalisateurs n’a pas réussi à s’engager dans une proposition esthétique forte qui serait plus qu’une représentation mollement naturaliste d’un quartier populaire parisien, tout en marquant une volonté manifeste de ne jamais s’effacer devant leur sujet. Si l’écriture et la mise en scène tentent de se tenir à distance d’une maladroite imitation du réel, ce manque d’affirmation a pour défaut de donner au résultat des contours trop flottants et une couleur générale trop grisâtre. Alors qu’elle aurait pu venir contrebalancer la relative faiblesse du film, la direction d’acteurs est elle-même trop hésitante – tout comme la caméra qui leur tourne trop souvent autour sans jamais savoir où se poser – laissant les interprètes dans un entre-deux préjudiciable, pas assez juste pour soutenir la dimension réaliste du film (ce qu’atteignait modestement, par exemple, Les Derniers Parisiens), pas assez anti-naturaliste pour donner à La Vie de château les airs de fable qu’il aurait pu endosser. S’il n’a rien d’antipathique, le résultat reste beaucoup trop anecdotique pour que le charme opère réellement.