• Tab Hunter Confidential

  • États-Unis
  • -
  • 2015
  • Réalisation : Jeffrey Schwarz
  • Image : Nancy Schreiber
  • Son : Joe Milner
  • Montage : Jeffrey Schwarz
  • Musique : Michael Cudahy
  • Producteur(s) : Allan Glaser, Neil Koenigsberg, Jeffrey Schwarz
  • Interprétation : Tab Hunter, Debbie Reynolds, Robert Wagner, John Waters, George Takei, Clint Eastwood, Portia de Rossi...
  • Bonus DVD : - Livret 16 pages couleurs : Les plus belles photos de Tab Hunter + Texte exclusif signé Didier Roth-Bettoni (auteur de L'Homosexualité au cinéma)
    - Interviews additionnelles
    - Bande-annonce
  • Éditeur DVD : Outplay
  • Durée : 1h30

Tab Hunter Confidential

réalisé par Jeffrey Schwarz

De prime abord, on peut se poser la question de l’intérêt que représente la sortie en DVD d’un documentaire autour de Tab Hunter, bellâtre hollywoodien des années 1950 tombé depuis dans l’oubli en raison d’une filmographie disparate qui ne comporte pas beaucoup de chefs d’œuvre. L’argument pourrait tenir au fait que l’acteur, autrefois pur produit des Studios qui avaient tout misé sur son avantageuse plastique pour constituer une solide base de fans féminins, vivait dans le placard, gardant secrète son homosexualité à l’instar de Rock Hudson, starisé à l’époque de la même manière et condamné au silence ou au mensonge sur sa vie privée. L’officialisation de son homosexualité en 2006 dans une autobiographie n’était qu’un secret de polichinelle : les troubles à l’ordre public, une relation avec un célèbre patineur ou encore une collaboration avec John Waters en 1981 avaient déjà largement entamé l’image du gendre idéal que Tab Hunter arborait auprès de la génération baby-boom. L’intérêt de Tab Hunter Confidential est donc à chercher du côté du contrechamp qu’il offre sur tout le système hollywoodien de l’époque : si le dispositif s’appuie par moments sur le traditionnel entretien face caméra, la richesse des archives proposées (extraits de films, photos personnelles ou bien de tournage) permet une immersion passionnante dans les codes de toute une industrie.

Faits de toutes pièces

Le moment le plus passionnant du documentaire reste probablement lorsque Tab Hunter s’épanche sur la liaison qu’il a entretenue avec l’acteur Anthony Perkins. Si le récit de cette aventure part d’une reconnaissance mutuelle entre deux personnes en souffrance en raison de leurs préférences sexuelles à une époque où il ne faisait pas bon être gay, c’est la manière dont la personnalité de l’un s’oppose à celle de l’autre qui éclaire sur la manière dont les acteurs pouvaient construire leur image et leur carrière. Lucide sur les limites de son jeu, Tab Hunter sait que son physique de jeune premier sportif lui a tout apporté. Mais du coup, cette image l’a contraint à se laisser enfermer par son agent et son studio dans un rôle de pure représentation (et les nombreuses archives télévisuelles le prouvent) qui ne lui permettait pas d’évoluer : rival de James Dean pendant quelques mois, il n’avait malheureusement pas sa puissance de jeu et fut rapidement cantonné aux seconds rôles dans des productions moins prestigieuses. Face à lui, Anthony Perkins incarnait, en dépit des ingérences des Studios, l’ambition à l’état brut : très exigeant sur son jeu d’acteur (on ne répétera jamais assez que sa carrière n’aurait jamais dû se limiter à seulement deux rôles marquants : Psychose en 1960 puis Le Procès en 1962), il portait lui-même les projets susceptibles de contribuer à sa reconnaissance, loin des hésitations de son compagnon qui se cachait derrière Natalie Wood pour que le grand public ne devine rien de son secret.

Le retrait

Avec un bel équilibre dans son écriture, le documentaire fait autant la part belle à la carrière avortée de Tab Hunter qu’à son histoire personnelle. Clairement montré comme un bon gars, généreux et humble, l’acteur a eu une vie personnelle mouvementée (l’abandon du père, les troubles psychiatriques de la mère) qui l’a probablement aidé à relativiser son retrait progressif de l’industrie. Comme échappé d’un système qui ne lui permettait en aucun cas d’être lui-même, Tab Hunter est parti vivre une histoire d’amour de plusieurs années avec un éleveur de chevaux, a passé une petite annonce pour qu’on lui propose du travail et a accepté, parce qu’il n’avait plus rien à perdre, de jouer sous la direction de John Waters dans Polyester aux côtés du travesti Divine. Loin du suicide artistique annoncé par ses proches, le film est rapidement devenu culte et a permis à l’acteur un retour sous les projecteurs (au même moment où Anthony Perkins, également tombé dans l’oubli à l’époque, revenait sur le devant de la scène avec un dispensable Psychose 2). Cette inconstance face aux succès et les correspondances troublantes que ce récit apporte entre les carrières avortées des uns et des autres posent sur l’industrie un amer parfum de mélancolie. Bien plus que l’évocation complaisante d’un acteur qu’on souhaiterait réhabiliter pour le faire entrer dans la légende des stars hollywoodiennes, Tab Hunter Confidential offre un contrepoint émouvant et bienveillant sur ceux qui ont traversé cette époque révolue.