© La Huit
Laetitia

Laetitia

de Julie Talon

  • Laetitia

  • France2017
  • Réalisation : Julie Talon
  • Scénario : Julie Talon
  • Image : Nina Bernfeld
  • Son : Henri Maïkoff, Olivier Le Vacon, Nathalie Vidal, Dominique Vieillard
  • Montage : Julie Talon, Stéphanie Mahet
  • Musique : Michael Wookey
  • Producteur(s) : Céline Nusse, Paul Rozenberg
  • Production : Zadig Films, Studio Orlando
  • Distributeur : La Huit
  • Date de sortie : 20 septembre 2017
  • Durée : 1h20

Laetitia

de Julie Talon

La vie à bout de poings


La vie à bout de poings

Championne du monde de boxe thaï, Laetitia Lambert s’apprête à remonter sur le ring après une période d’inactivité qui s’est soldée par une prise de poids. En dépit de ses succès passés, la jeune femme souffre d’un manque de confiance en elle : pétrie de doutes, consciente que sa carrière touchera bientôt à sa fin, elle galère par ailleurs pour élever comme elle peut son jeune fils tandis que son entraîneur refuse de tomber dans le piège de la compassion et l’oblige sans cesse à se surpasser. Avec ce premier long-métrage, la documentariste nous dresse un portrait de femme avec lequel il est difficile de ne pas rentrer en empathie. Mais, à défaut de révolutionner le genre, le film a l’honnêteté de ne pas chercher à créer une emphase permanente pour ce personnage de cinéma déjà croisé à maintes reprises sur grand écran (comment ne pas penser à Girlfight ou Million Dollar Baby ?). Il intègre plutôt au dispositif une somme de doutes, d’hésitations et de découragements furtifs qui font de Laetitia un être complexe, parfois très présent (et charismatique) face à la caméra, mais le plus souvent capable de se soustraire au regard et aux attentes des autres. On sent que le projet du film est tout aussi abstrait pour elle qu’il ne l’est pour nous dans un premier temps : ne cherchant pas vraiment à être au centre des attentions, elle n’attend manifestement pas de Julie Talon qu’elle réalise un documentaire à sa gloire. Le plus souvent, la boxeuse donne le sentiment de vouloir s’enfuir pour se réfugier en hors-champ, se cherchant la plupart du temps des excuses auxquelles elle ne croit pas elle-même pour justifier son manque de constance. Une scène en particulier traduit bien cet étrange flottement : face caméra, Laetitia se pèse et fait le compte du nombre de kilos qu’elle doit perdre avant de pouvoir remonter sur le ring. Elle ne cesse de reprendre la soustraction pour tomber sur le bon chiffre, comme si ces chiffres dansaient autour d’elle sans avoir la moindre signification concrète, comme si tout cela n’était qu’une étrange mascarade à laquelle elle ne croyait plus sans pour autant être capable de se l’avouer.

Match nul

À la voir si inconstante, on se demande comment Laetitia a pu un jour être une championne du ring et remporter autant de titres. C’est que, sans qu’on s’y attende, s’affirme par contrecoups une détermination aveugle et inconsciente du danger, lorsqu’elle renvoie par exemple dans les cordes une ophtalmologiste qui la met en garde contre la pratique de la boxe. D’une certaine manière, la jeune femme ne semble accepter le doute ou la remise en cause de sa carrière qu’à la seule condition qu’ils viennent d’elle-même, jamais d’un tiers. Il faut reconnaître au film sa belle capacité à accepter de se laisser guider par l’esprit nébuleux de son héroïne : parfois trop collée à la jeune femme qui est presque de tous les plans, la caméra de Julie Talon se rend probablement trop tributaire de son parcours. Du coup, la progression du récit est un peu trop sagement linéaire, suspendu au match qui marquera le retour de la boxeuse parmi les grands. La réalisatrice aurait certainement gagné à s’aventurer un peu plus en-dehors du chemin — aussi sinueux soit-il — que lui trace son héroïne. Mais à l’inverse, il aurait été facile aussi de dresser un portrait excessivement empathique, gonflant artificiellement l’enjeu pour offrir un portrait plus spectaculaire qu’il ne l’est réellement. Il faut mettre au crédit de la réalisatrice une humilité bienvenue, une attention jamais envahissante pour les hésitations de la jeune boxeuse. En résulte une rencontre attachante, un film qui n’a rien du tour du force, du feel-good movie roublard qu’il aurait été facile de vouloir montrer au public. S’il ne signe pas encore pleinement l’affirmation d’une nouvelle documentariste dont on suivra avec attention les prochains travaux, Laetitia est un écrin modeste et respectueux de son sujet, capable de transformer, grâce à un regard alerte et patient, un sujet a priori banal en une belle rencontre.

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