© EuropaCorp Distribution
Sparring

Sparring

de Samuel Jouy

  • Sparring

  • France2018
  • Réalisation : Samuel Jouy
  • Scénario : Samuel Jouy, Clément Roussier, Jérémy Guez
  • Image : Romain Carcanade
  • Décors : Frédérique Doublet, Frédéric Grandclère
  • Costumes : Alice Cambournac
  • Son : Jérôme Chenevoy
  • Montage : Tina Baz
  • Musique : Olivia Merilahti
  • Producteur(s) : Bruno Nahon
  • Production : Unité de Production
  • Interprétation : Mathieu Kassovitz (Steve Landry), Olivia Merilahti (Marion Landry), Souleymane M'Baye (Tarek M'Barek), Billie Blain (Aurore Landry), Lyes Salem (Omar), Tomy Leconte (Oscar Landry), Ali Labidi (Ali), David Saracino (David)
  • Distributeur : EuropaCorp
  • Date de sortie : 31 janvier 2018
  • Durée : 1h34

Sparring

de Samuel Jouy

Mauvais partenaires


Mauvais partenaires

Sparring, le premier film de l’acteur Samuel Jouy (vu, entre autres, dans Un Français ou Gauguin), se fonde sur un pari hasardeux. En pensant entièrement le long-métrage pour le jeu de Mathieu Kassovitz et sa propension à user de la technique issue de l’Actors Studio (l’acteur a appris la boxe et officiellement combattu en juin dernier, après s’être beaucoup épanché dans la presse sur sa nouvelle passion), le réalisateur prenait le risque de se cantonner à un film-performance. Cela aurait pu fonctionner dans une optique inventive et expérimentale, moins dépendante d’une logique narrative. Il n’en est rien : si le long-métrage de Jouy s’ouvre sur la gueule cassée de sa star, amochée par un énième combat perdu, il dévoile clairement aussi son programme, le guérir in fine de tous ses stigmates personnels. Il manque à Sparring une certaine authenticité. Cette rédemption se déploie dans un récit des plus banals, une revanche sociale incrustée dans un naturalisme artificiel et caricatural qui conditionne tout. Ainsi, le scénario bâclé surligne la précarité de la famille de Steve, employé de cantine le jour, boxeur médiocre la nuit, dont le seul espoir de renverser le déterminisme réside dans le don de la fille aînée pour le piano. On voit poindre ici un schématisme psychologique et sociologique balourd dans une succession de dialectiques : père laborieux/fille douée, boxe comme une activité roturière/piano comme un art noble — le seul enjeu du film consistant à savoir si Steve gagnera assez d’argent en se sacrifiant sur le ring comme sparring partner de la star Tarek M’Barek (Souleymane M’Baye) pour acheter un piano à sa progéniture.

On pourrait rétorquer à ce schématisme qu’il offre, au contraire, une simplicité de l’action dont se nourrit traditionnellement le mélodrame sportif, qui plus est quand celui-ci met en scène la boxe, dans le sillage de Rocky (que Samuel Jouy cite explicitement au détour d’un long travelling sur les quais du port du Havre, suivant le footing de Kassovitz en survêtement large et en sweat à capuche). Mais la naïveté chaleureuse qui devrait en découler — « à la Ken Loach » — ne prend jamais tant Sparring est déséquilibré par son casting : isolé au milieu de non-acteurs (Olivia Merilahti, chanteuse du groupe The Dø, Souleymane M’Baye, boxeur professionnel), Kassovitz ne peut qu’écraser la concurrence en sachant jouer de son corps pour imposer sa présence à l’écran. De façon assez ironique, se reproduit extra-diégétiquement la situation diégétique : tout comme Steve, de par son âge et sa technique approximative, ne peut aider le champion M’Barek à s’entrainer convenablement pour son futur combat, les acteurs qui entourent Kassovitz ne peuvent lui permettre de se contrôler et de ne pas surjouer. Parfois en roue libre, son interprétation est un festival de mimiques, de postures courbées, de grimaces, de gestes apeurés, de voix éraillée et confuse. S’il est un des rares acteurs français à plutôt privilégier l’interprétation physique que psychologique (citons au moins avec lui Denis Lavant) ou à faire passer la seconde par la première, cette capacité salutaire se retourne contre le film qui en fait un totem beaucoup trop écrasant. Sparring ne peut alors jamais être vraiment autre chose qu’un one-man-show cabotin dans un cocon cinématographique bien trop conventionnel.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !