© Wild Bunch Distribution
Comme si de rien n’était

Comme si de rien n’était

de Eva Trobisch

  • Comme si de rien n’était
  • (Alles ist gut)

  • Allemagne2018
  • Réalisation : Eva Trobisch
  • Scénario : Eva Trobisch
  • Image : Julian Krubasik
  • Décors : Renate Schmaderer
  • Son : Julian Feijoo, Adrien Phillipp, Kai Ziarkowski Montage
  • Montage : Kai Minierski
  • Producteur(s) : Trini Götze, David Armati Lechner
  • Production : Trimaphilm, HFF Munich, Starhaus Filmproduktion
  • Interprétation : Aenne Schwarz (Janne), Andreas Döhler (Piet), Hans Löw (Martin), Tilo Nest (Robert)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 3 avril 2019
  • Durée : 1h30

Comme si de rien n’était

de Eva Trobisch

Cas d'école


Cas d'école

Premier film de l’allemande Eva Trobisch, Comme si de rien n’était raconte l’histoire de Janne, une jeune femme volontaire dont l’existence banale, partagée entre ses activités dans l’édition et sa relation avec son copain Piet, vacille lorsqu’elle est violée, à la fin d’une fête de promotion, par un ancien camarade d’études qu’elle a accepté d’héberger pour la nuit. Mais la réalisatrice contourne le schéma attendu : plutôt que de se confronter à cette épreuve pour mieux la surmonter et en ressortir revigorée, Janne décide d’assumer seule l’événement en se pensant assez forte pour dominer son traumatisme.

Comme si de rien n’était est un film de fin d’études à l’école de cinéma de Munich (la HFF München) et il démontre d’ailleurs la force des écoles allemandes dont les étudiants achèvent fréquemment leur cursus par des longs métrages remarqués et distribués à l’étranger. Ce fut le cas récemment pour L’Étrange Petit Chat de Ramon Zürcher (Acid Cannes 2013) ou Der Samuraï de Till Kleinert (Berlinale 2014). Original dans son scénario, le film bénéficie du talent de ses deux acteurs principaux. Aenne Schwarz, qui jouait la jeune épouse du romancier dans Stefan Zweig, adieu l’Europe de Maria Schrader, est selon les moments stoïque, égarée ou combative. Hans Löw, au centre du tout récent In my Room d’Ulrich Köhler, joue quant à lui avec nuances le jeune bourgeois prêt à satisfaire ses désirs sexuels par tous les moyens sans en assumer les conséquences.

Pourtant, Comme si de rien n’était déçoit. Dans sa présentation des trois figures masculines qui gravitent autour de Janne, il n’échappe pas à un discours quelque peu théorique. Le spectateur sent bien que Piet, le compagnon à la fois aimant et colérique, et Martin, le violeur veule et culpabilisé mais moralement anomique, représentent deux facettes d’une même pièce d’une masculinité en crise. Grâce à Robert, l’éditeur quinquagénaire qui embauche Janne, la réalisatrice introduit une autre génération d’hommes et, ce faisant, alourdit le récit en voulant l’équilibrer quand l’éditeur se retrouve battu par sa jeune femme et que cette fois l’altruiste Janne prend le problème à bras le corps. L’écriture de Comme si de rien n’était accumule en outre un peu trop systématiquement de petites séquences qui décrivent par touches l’évolution de la situation psychologique du personnage féminin et la manière dont les autres personnages contribuent ou non à son mal-être.

Le problème le plus important réside toutefois dans le style vériste du film, nourri par une caméra portée très souvent à l’épaule, à l’origine de fréquents recadrages et de ces plans de visages un peu coupés par le cadre, mais aussi par l’absence de musique extra-diégétique et à la décoration aux couleurs sombres et fonctionnelles. Ce style s’avère certes efficace pour souligner la banalité du viol sordide que subit Janne, mais son systématisme débouche ostensiblement sur l’idée conventionnelle d’une transparence rejouant une image du « réel ». Le film ne parvient pas à construire chaque scène comme un temps plein en termes de construction de formes sonores et visuelles, se servant essentiellement de la fonction narrative des séquences pour raconter l’évolution du personnage. C’est toute la différence entre Comme si de rien n’était et le Elle de Paul Verhoeven, qui partant de prémisses semblables détournait par la stylisation excessive et le caractère abrupt de son récit le thème de la résilience féminine après le viol.

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