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Knives and Skin

Knives and Skin

de Jennifer Reeder

  • Knives and Skin

  • Etats-Unis2019
  • Réalisation : Jennifer Reeder
  • Scénario : Jennifer Reeder
  • Image : Christophe Rejano
  • Montage : Mike Olenick
  • Musique : Nick Zinner
  • Production : Newcity - Chicago Film Project
  • Interprétation : Marika Engelhardt (Lisa Harper), Raven Whitley (Carolyn Harper), Grace Smith (Joanna Kitzmiller), Kayla Carter (Laurel Darlington), Kate Arrington (Renee Darlington)...
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 20 novembre 2019
  • Durée : 1h52

Knives and Skin

de Jennifer Reeder

Vernis horrifique


Vernis horrifique

Dans une petite ville tranquille des États-Unis, la disparition d’une jeune lycéenne nommée Carolyn bouleverse la vie de sa mère et de quelques-unes de ses camarades soucieuses de la retrouver. Leur recherche s’accompagne de quelques visions macabres (cadavres, coulées de sang et autres couteaux aiguisés), tandis que la mère de la jeune fille semble peu à peu tomber dans la folie et la dépression. Évoquant indéniablement la mort de Laura Palmer dans Twin Peaks, Knives and Skin n’a pas l’aura mystérieuse et dérangeante de l’œuvre lynchéenne. Lorsque la mère embrasse par exemple l’amant de sa fille introuvable, ou que deux lycéennes s’échangent des objets couverts de cyprine, la volonté de choquer prend ainsi le pas sur la mise en place d’une réelle étrangeté. L’éclairage tout en lumières roses et bleutées, de même que la bande-son planante de Nick Zinner, guitariste du groupe new-yorkais Yeah Yeah Yeahs, tentent pourtant d’insuffler une atmosphère onirique et éthérée au film. La répétition entêtante de certains éléments (un clown triste, un pull en angora) poursuit ce même objectif, de même que les costumes de déesses punk dont sont vêtues les lycéennes ou les surimpressions qui accompagnent les chœurs musicaux en formant des bouquets d’images. L’ultra-stylisation de l’ensemble cherche trop à flatter l’œil, au risque de n’aborder que superficiellement certains enjeux.

Dans ce teen movie qui lorgne vers le film d’horreur, le genre s’inscrit comme un simple ornement : c’est le vernis couleur « bain de sang » dont une mère souhaite recouvrir les ongles d’une jeune fille, ou la lettre que l’héroïne grave à même la chair du garçon qui a tenté d’abuser d’elle. Par ailleurs, Knives and Skin s’inscrit délibérément dans un ancrage féministe, à travers ses figures de mères folles et de filles cruelles éloignées des stéréotypes. En dressant une liste exhaustive des tabous liés à la féminité, des règles jusqu’au port du voile, Knives and Skin prend toutefois le risque de marteler un discours trop littéral, du « Girls just wanna have fun » que Carolyn envoie au groupe de lycéennes au « I treat girls like shit » que l’une d’elles inscrit sur le blouson d’un amant. Transformés en étendards et manquant de caractère propre, les personnages perdent de leur consistance. L’ajout de sous-titres flashy dans les scènes de chorale, où la troupe entièrement féminine constituait pourtant un bel emblème de sororité, est symptomatique de la manière dont la dimension politique du film s’efface ici sous une surabondance d’effets.

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