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Les Sorcières de l’Orient

Les Sorcières de l’Orient

de Julien Faraut

  • Les Sorcières de l’Orient

  • France2021
  • Réalisation : Julien Faraut
  • Scénario : Julien Faraut
  • Image : Yutaka Yamazaki, Hiroki Takano
  • Son : Léon Rousseau
  • Montage : Andreï Bogdanov, Marie Pascaud
  • Musique : Jason Lytle, K-Raw
  • Producteur(s) : William Jéhannin, Yoshiko Hashimoto, Ryoko Tsunoda
  • Production : UFO Production, Documentary Japan
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 27 juillet 2021
  • Durée : 1h40

Les Sorcières de l’Orient

de Julien Faraut

Match nul


Match nul

Après la carrière du tennisman John McEnroe dans L’Empire de la perfection, Julien Faraut retrace les prouesses d’une équipe japonaise de volleyball couronnée d’une médaille d’or aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964. Les Sorcières de l’Orient revient sur les dessous de leur épopée et sur la mythologie populaire qu’elles ont engendrée, et se présente comme un objet hybride, constitué d’entretiens et d’images montrant le quotidien des joueuses aujourd’hui, mais aussi d’archives parmi lesquelles des retransmissions télé et des extraits de séries animés inspirées de leurs hauts faits (notamment Jeanne et Serge, diffusé dans les années 1980). Sans trop savoir par quel bout prendre cet exploit collectif, Faraut esquisse plusieurs pistes afin de saisir la dynamique de groupe qui a mené l’équipe japonaise sur le toit du monde. La mise en place d’interviews a posteriori laisse d’abord croire que l’on assiste à un documentaire rétrospectif, à distance des événements, portant particulièrement son attention sur le rôle singulier de chaque joueuse au sein de l’équipe (titulaires indiscutables, remplaçantes, etc.). Mais le film passe vite à autre chose, par exemple lors du match Japon-URSS des mondiaux de 1962, où le montage parallèle figure le dédoublement du geste sportif, entre la captation télévisuelle d’un match et sa reproduction fantasmée dans le champ de la fiction. Dans le dernier tiers surgit une nouvelle piste, peut-être la plus intéressante : lors de la finale des J.O. de 1964, Faraut laisse les archives se déployer dans le temps. L’action sportive est détaillée, les interactions entre les joueuses se concrétisent à l’écran, et les points importants sont retransmis en intégralité – là où, jusqu’à présent, le jeu était généralement mis de côté au profit d’informations périphériques (la vie privée des protagonistes, leur entraînement quasi militaire ou encore le dispositif médiatique qui les a transformées en héroïnes nationales).

Les multiples voies tracées par Faraut s’entrecroisent ainsi assez peu : différentes stratégies se succèdent en vue de saisir l’origine et l’ampleur de la série de victoire des « Sorcières de l’Orient », sans pour autant que chacun de ces sillons ne soit creusé en profondeur. Le destin des remplaçantes sera évacué au profit du retentissement mondial du succès collectif, le redoublement fictionnel de leurs exploits mis sur la touche aussitôt entré en jeu (après une poignée d’extraits d’anime), et la captation du jeu de l’équipe laissera, dans les dernières minutes, entrevoir un tout autre film (sur le geste décisif, la relation entre le jeu et le chronomètre qui tourne, etc.), qui n’aura donc pas vraiment lieu. Trop prompt à recourir à des archives hétérogènes au risque de ne tenir aucun cap en particulier, Les Sorcières de l’Orient pâtit principalement de sa gourmandise iconographique – un appétit qui va à l’encontre de la ligne droite tracée par son récit : le parcours parfait d’une équipe jusqu’à sa victoire aux JO, sur laquelle le film s’achève. Reste au moins le mérite d’avoir voulu proposer une autre façon de faire du documentaire, entre participation à l’iconisation d’un mythe populaire et retranscription précise et détaillée d’événements historiques.

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