Les Animaux anonymes, le premier film de Baptiste Rouveure, s’ouvre sur une belle scène onirique : un homme marche au ralenti dans un champ noyé dans le brouillard, dépassant un renard figé comme empaillé, dont coule de la gueule un filet de sang. Le ton change toutefois dans les scènes qui suivent, révélant le programme métaphorique du film, bien moins subtil : le rapport entre animaux et hommes est inversé ; alors que ces derniers sont traqués, les animaux règnent en maîtres, les capturent et les maltraitent. On saisit vite que le film essaie de sensibiliser à la cause animale (les humains se font torturer dans des enclos à vaches ou s’affrontent lors de combats sur lesquels les animaux font des paris). Si ces scènes, entrecoupées de mystérieux travellings sur une forêt brumeuse silencieuse, installent tout d’abord une atmosphère horrifique augurant le meilleur pour la suite, le film s’essouffle rapidement, passé la surprise des premiers instants.
Le scénario, déjà mince, s’efface derrière de lourds procédés de mise en scène et de montage supposés renforcer la tension — le plus pénible de tous étant certainement les incessants retours au noir, à tel point que la chose en devient comique. S’accumulent également quantité de plans descriptifs qui remplissent et alourdissent aussi considérablement qu’inutilement les scènes. Ce rythme de plus en plus déconstruit achève de perdre un spectateur déjà éprouvé par l’étirement de ce récit qui aurait pu tenir (et de manière bien plus efficace) en quinze minutes. Dommage que Rouveure ne fasse rien du potentiel au cœur de cette allégorie ; sur la maltraitance animale, Les Animaux anonymes tient un discours bien trop ténu pour convaincre.