© Épicentre Films
Pornomelancolia

Pornomelancolia

de Manuel Abramovich

  • Pornomelancolia

  • Argentine, France, Brésil, Mexique2021
  • Réalisation : Manuel Abramovich
  • Scénario : Manuel Abramovich, Pio Longo, Fernando Krapp
  • Image : Manuel Abramovich
  • Producteur(s) : Rachel Daisy Ellis, David Hurst, Gema Juarez Allen
  • Production : Dublin Films, Desvia, Gema Films
  • Interprétation : Lalo Santos (Lalo), Chacalito Regio, Lothmar Muller, Netito, Juan Ro, Diablo...
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 21 juin 2023
  • Durée : 1h34

Pornomelancolia

de Manuel Abramovich

Chair triste


Chair triste

Au début de Pornomelancolia, Lalo, mécanicien intérimaire, poste une dick pick sur un site pornographique et l’accompagne du commentaire suivant : « Je suis un travailleur acharné. » Du travail, il ne va pas tarder à en trouver dans l’industrie du porno, où il se fait une petite notoriété grâce à la taille de son sexe et à son physique de Freddie Mercury argentin. Fort de cette popularité naissante, Lalo va ensuite devenir auto-entrepreneur du sexe, profitant de son public de fans pour réaliser des vidéos amateurs et engranger de gros bénéfices. Pornomelancolia – titre on ne peut plus explicite, affichant en guise de programme le spleen de la chair – suit donc une ligne essentiellement économique : l’enchaînement morne de moments témoignant de la vie sociale et sexuelle de Lalo ne fait que servir un exposé sur le déprimant marché des corps dans notre monde hyperconnecté.

Le film brosse le portrait de Lalo à travers bon nombre de séquences quasi muettes, dans lesquelles on l’aperçoit au travail, en famille, puis seul dans son lit devant les photos de son sexe en érection épinglées sur l’écran de son smartphone. Commence ensuite le tournage d’une version gay de la révolution mexicaine, où Lalo tient le rôle d’Emiliano Zapata, au milieu de guérilleros érotisés. Étrange porno au casting très hétérogène dont le metteur en scène affiche des prétentions auteuristes (il cite Cet obscur objet du désir de Bunuel) tout en traitant ses acteurs comme des objets sexuels interchangeables (on l’entend leur dire qu’ils sont des « machines à baiser »). Dans ce segment central – de loin le plus intéressant du film – Manuel Abramovitch, dont c’est le premier long-métrage, semble hésiter entre une approche documentaire fondée sur la captation du prosaïsme du tournage (une pipette de sperme actionnée au moment d’une éjaculation, une scène de sexe au cours de laquelle un acteur demande de ralentir la cadence) et une position surplombante qui le ramène à sa thèse principale : l’économie des corps. Ainsi, la plupart des conversations en marge du tournage portent sur l’argent : gagne-t-on plus en étant escort boy ou acteur porno ? Comment percer sur le marché du porno international ? Le salaire d’un tournage suffit-il à entretenir une famille ? Cette focalisation sur l’argent est d’autant plus regrettable que le film avait trouvé à travers le détournement de la figure d’Emiliano Zapato un sujet en or : une vieille forme de révolte politique actualisée à travers le porno, voire même potentiellement une forme d’hédonisme à la Guiraudie. Tenu de bout en bout dans une extrême rigidité (jusqu’aux appels récurrents de Lalo à « maman », censés exprimer la profonde détresse morale du personnage), Pornomelancolia perd en route ce qu’il pouvait contenir de meilleur : une forme de décontraction liée au sexe, presque de gaieté surgissant par éclats, dans un sourire en marge du « travail acharné » de Lalo, et loin de toute mélancolie programmée.

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