Adaptation d’un manga culte (réalisée par son auteur lui-même, plus de vingt ans après la fin de sa publication), The First Slam Dunk brille avant tout par la perfection de sa machine narrative. Débarrassées des oripeaux parfois agaçants du shōnen[1]Genre de manga destiné à l’origine aux jeunes adolescents masculins, dont il existe une sous-catégorie sportive (GTO, Captain Tsubasa, etc.) sportif (la structure sérielle des tournois à n’en plus finir et des cliffhangers à chaque fin de chapitre), les deux heures de The First Slam Dunk se concentrent sur un unique match de basket, celui qui clôturait l’œuvre originelle. Entrelacés à cette temporalité, des dizaines de flashbacks retracent les différentes trajectoires des joueurs de l’équipe du lycée Shohoku, en particulier celle de Ryota Miyagi, personnage pourtant secondaire dans le manga. Pour cet adolescent impulsif et taiseux, gagner contre « l’invincible » lycée Sannoh reviendrait, on le comprend assez vite, à faire le deuil de son frère. Le montage virevolte ainsi entre accélérations grisantes (les sursauts du match accompagnés de heavy metal) et décélérations mélancoliques (laissant place au piano) avec une grande virtuosité. Sans réel temps mort, le film s’apparente parfois à un bulldozer, tant rien ne semble déborder son programme millimétré. La manière dont s’imbriquent mélodrame et sport, à différents niveaux selon les personnages, peut ainsi parfois sembler artificielle, l’émotion se retrouvant comme étouffée par un scénario tellement efficace qu’il paraît cadenassé, mais cette armature rigide permet à Takehiko Inoue de se concentrer sur l’essentiel : la mise en scène du sport.
Si l’animation, mélangeant 2D traditionnelle et 3D, cultive d’abord une étrangeté involontaire dans la façon dont les corps semblent se détacher des décors fixes, Inoue multiplie les trouvailles pendant les scènes de basket. Un film de sport répond toujours quelque part, même implicitement, aux conventions de la captation télévisuelle, auxquelles il peut contrevenir, par exemple en déplaçant la caméra sur le terrain même. Le cinéma d’animation, débarrassé de toute contrainte technique, peut même aller encore plus loin en figurant des actions sportives qui seraient impossibles à tourner en prises de vue réelles, quand elles ne sont pas impossibles à réaliser tout court (quoique le film s’avère bien plus sobre, sur ce point, qu’un épisode d’Olive et Tom). Ainsi de ces plans comme arrimés au ballon ou au panier, qui font parfois du match un spectacle à la limite de l’abstraction, où seul compte l’ivresse communicative des exploits des joueurs. La part la plus passionnante de The First Slam Dunk se situe bien à cet endroit, davantage que dans sa galerie de personnages écorchés : si Inoue renoue avec sa propre œuvre, c’est pour mieux redire son amour pour ce sport. Après les rebondissements délirants des dernières secondes du match, animées au ralenti et accompagnées d’un silence cérémonial, on aurait presque envie de se lever la nuit pour suivre la NBA.
Notes
| ↑1 | Genre de manga destiné à l’origine aux jeunes adolescents masculins, dont il existe une sous-catégorie sportive (GTO, Captain Tsubasa, etc.) |
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