À la fin de Venez voir de Jonás Trueba, dans une séquence comptant parmi les plus belles du film, Itsaso Arana semblait, accroupie au milieu de grandes herbes, vivre une véritable épiphanie. C’est également en pleine nature que l’actrice choisit d’inscrire l’intrigue de sa première réalisation, qui voit un groupe de femmes se rendre à la campagne pour répéter une pièce de théâtre. L’atmosphère feutrée de la maison, à l’intérieur de laquelle pénètrent de timides rayons de soleil et retentit le son lointain des cloches du village, apparaît d’emblée comme une enclave hors du temps. L’absence de réseau achève de les retrancher du reste du monde, et lorsqu’elles sortent à l’occasion d’une fête de village, c’est finalement pour rester entre elles. Le film s’ouvre sur l’attente de la clé leur permettant d’entrer dans ce royaume, qui s’ouvre et se referme à la manière d’une cachette secrète. Des lettres enveloppées dans le générique aux petits pois enterrés à la toute fin, Les Filles vont bien s’apparente à un écrin intimiste recelant de précieuses confidences. La jeune Helena, qui avoue son admiration pour ses nouvelles camarades de jeu, initie une farandole de révélations qui atteint son apogée à travers des messages adressés à une mère défunte, un homme désiré ou encore un enfant à naître.
Femmes, femmes
La temporalité suspendue du film tient également à l’influence du XVIIIe siècle, qu’Itsaso Arana reconstitue à travers un simple élément de décor (un lit à baldaquin), un éclairage à la bougie, quelques notes de clavecins ou encore des plans sur des toiles de Jouy permettant de découper le récit en différents chapitres. Ce glissement vers le film d’époque apparaît avant tout comme un prétexte pour réinventer le monde, l’Histoire mais aussi le conte de fées dans une perspective féministe. À l’exception du gracile Gonzalo, Les Filles vont bien est un film réalisé par et avec des femmes, jusqu’à la caméra, qui représente pour Bárbara une « vieille amie ». Il embrasse toutes les générations, de la petite fille Julia à la sage Dolores, dont l’expérience lui permet de deviner d’un coup d’œil le genre d’un futur nouveau-né. Un sentiment de sororité se dégage des plans d’ensemble sur la troupe, porté par la caméra circulant avec fluidité entre les différents personnages, ces plans rapprochés empreints de tendresse sur une robe que l’on boutonne ou encore les surcadrages permettant de relier aussi bien les pièces de la maison que ses pensionnaires. Dans une belle scène nocturne, Irene écoute au loin la réponse très attendue à un message amoureux sur son téléphone, tandis qu’au premier plan, la lune se fait tour à tour mauvais présage ou signe favorable du destin aux yeux de ses camarades préoccupées par le sort de leur amie. Le propos féministe agit en revanche moins lorsqu’il est souligné de manière trop évidente par les dialogues (« Les princesses, il faut les déconstruire ») ou certains procédés de mise en scène (une série de fondus enchaînés entremêlant les corps féminins), en rupture avec la simplicité et la discrétion qui imprègnent le reste du film.