Dans un camion rouge

Dans un camion rouge

de Patrice Chagnard

  • Dans un camion rouge

  • France2006
  • Réalisation : Patrice Chagnard
  • Image : Laurent Didier
  • Montage : Dominique Faysse
  • Musique : Richard Galliano
  • Producteur(s) : Denis Freyd, Diana Elbaum, Jani Thiltges, Thanassis Karathanos, Karl Baumgartner, Sébastien Delloye
  • Distributeur : Diaphana Distribution
  • Date de sortie : 4 janvier 2006
  • Durée : 1h36

Dans un camion rouge

de Patrice Chagnard

Héros malgré eux


Héros malgré eux

Ils sont caissier, agent funéraire, animateur de karaoké, lycéen ou même chômeur. Mais surtout, ils sont tous pompiers volontaires à Vizille, une petite ville d’Isère. Qu’est-ce qui peut bien les motiver dans ce métier difficile et dangereux ? À quoi ressemblent les interventions auxquelles ils doivent faire face, mais également les nombreuses heures de garde durant lesquelles il ne se passe (presque) rien ?

L’approche documentaire de Patrice Chagnard, qui n’en est pas à son coup d’essai, évoque celle de l’un des maîtres du genre, Raymond Depardon. Pas seulement pour son thème, qui rappelle par son aspect sociologique quelques-uns de ses films les plus reconnus (Reporters, Faits divers ou Urgences) mais également pour son style : pas de commentaires, juste la belle humilité de placer sa caméra au plus près du sujet et tenter de s’approcher de sa vérité. La force de Dans un camion rouge vient de la capacité de Patrice Chagnard à capter l’attention avec trois fois rien. Il n’y a rien de spectaculaire dans les interventions de ces volontaires, tout au plus un gros incendie qui vient, à la fin du film, apporter sa dose de frissons à ces héros très discrets qui rêvent d’adrénaline. Mais pour le cinéaste, le plus spectaculaire est l’extraordinaire générosité de leurs actes et de leurs paroles. Au-delà des gestes qui sauvent, les pompiers volontaires de Vizille (et, on s’en doute, d’ailleurs) savent écouter, réconforter et parler à ceux et celles qu’ils viennent secourir, quelle que soit l’incongruité de la tâche. Mine de rien, Patrice Chagnard croque en quelques scènes un très émouvant portrait d’une France ignorée par les médias, voire caricaturée à l’extrême dans certaines émissions télévisées. La séquence de l’inondation d’un immeuble vétuste occupé par une très, très vieille dame en dit plus long sur la solitude des personnes âgées en France que cinquante reportages chez Claire Chazal.

Patrice Chagnard choisit de nous montrer le strict minimum de « l’autre vie » de ces hommes et femmes pas tout à fait comme les autres, mais suffisamment pour que l’on comprenne que si certains semblent s’ennuyer ferme au lycée ou derrière la caisse d’une piscine publique, d’autres ont choisi de travailler dans des lieux qui sortent déjà de l’ordinaire : cimetière, casino, boîte de nuit… Comme s’il fallait, coûte que coûte, retrouver un peu du frisson éprouvé lors de certaines interventions. Au fil des conversations échangées par ces collègues, dans leur camion ou à la caserne, on perçoit çà et là la force des liens qui les unissent et la passion qui les anime, sans jamais réellement parvenir à en comprendre les motivations. Et c’est tant mieux : en préservant le mystère, Patrice Chagnard fait place à une réelle poésie naturaliste et fait de l’altruisme de ces volontaires le plus bel antidote au cynisme ambiant. On peut reprocher au metteur en scène l’utilisation un peu trop opportuniste de l’accordéon de Richard Galliano qui, en fond sonore, se colle sur les routes enneigées comme dans un bon vieux téléfilm du terroir made in France 3. Un détail qui ne parvient pas à gâcher l’émotion, jamais forcée, qui se dégage de cette belle démonstration d’humanisme.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !