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Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère

Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère

de Nisha Ganatra

  • Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère

  • États-Unis2025
  • Réalisation : Nisha Ganatra
  • Scénario : Jordan Weiss
  • d'après : Un vendredi dingue, dingue, dingue
  • de : Mary Rodgers
  • Image : Matthew Clark
  • Décors : Kay Lee
  • Costumes : Natalie O'Brien
  • Montage : Eleanor Infante
  • Musique : Amie Doherty
  • Producteur(s) : Kristin Burr, Andrew Gunn, Jamie Lee Curtis
  • Interprétation : Jamie Lee Curtis (Tess Coleman), Lindsay Lohan (Anna Coleman), Julia Butters (Harper Coleman), Sophia Hammons (Lily Reyes), Mark Harmon (Ryan), Manny Jacinto (Eric Reyes), Maitreyi Ramakrishnan (Ella), Chad Michael Murray (Jake), Vanessa Bayer (Madame Jen)
  • Distributeur : Disney
  • Date de sortie : 6 août 2025
  • Durée : 1h51

Freaky Friday 2 : Encore dans la peau de ma mère

de Nisha Ganatra

À nous quatre


À nous quatre

À chaque époque ses nostalgies. En 2003, Mark Waters, réalisateur de la comédie noire The House of Yes, était mandaté par Disney pour dépoussiérer Un vendredi dingue, dingue, dingue, le roman de Mary Rogers déjà adapté par le studio à la fin des années 1970 avec Barbara Harris et Jodie Foster. Leurs rôles y étaient repris par Jamie Lee Curtis, icône 80s alors en perte de vitesse, et la nouvelle égérie adolescente du studio, Lindsay Lohan, révélée dans À nous quatre de Nancy Meyers. Vingt-deux ans plus tard, voilà le remake devenu lui aussi un objet culte pour les millenials vieillissants, ex-ados boutonneux désormais parents à leur tour. D’où cette improbable suite, quelques mois après une réadaptation musicale pas franchement heureuse de Lolita malgré moi, l’autre teen movie mémorable du duo Waters-Lohan. Le résultat est moins cynique qu’on pouvait le craindre, mais moins réussi qu’on pouvait l’espérer.

Freaky Friday 2 symptomatise en fait deux problèmes récurrents de ce type d’entreprise nostalgique. D’un côté, il y a le modèle Jurassic World, qui entend rejouer les morceaux de bravoure du film original tout en élargissant chaque fois un peu plus l’échelle des enjeux (plus de dinos de plus en plus gros). De l’autre, celui de And Just Like That (la suite de Sex and the City) : il s’agit de commenter le fossé culturel qui sépare l’œuvre originale des sensibilités contemporaines. Dans le premier volet, Tess (Curtis) et Anna (Lohan), une mère et sa fille incapables de communiquer, échangeaient par magie leurs corps et leurs existences le temps d’une journée, et parvenaient par ce biais à comprendre le point de vue et les souffrances de l’autre. Ici, le dispositif n’est pas seulement repris, mais dédoublé : Harper, la fille d’Anna (Julia Butters) et Lily (Sophia Hammons), celle de son futur mari Eric (Manny Jacinto), échangent leurs corps avec Anna et Tess. Le problème, c’est que le film n’est pas scénaristiquement à la hauteur de cette inflation narrative. Des cinq relations que cette dernière supposerait d’explorer (mère-grand-mère, grand-mère-petites filles, mère-fille, mère-belle-fille, sœurs par alliance), une seule semble vraiment investie par le récit : celle des deux sisters-to-be redoutant le mariage de leurs parents respectifs. C’est-à-dire celle que prennent en charge les deux stars du film original, qui ne laissent aux jeunes actrices que des miettes.

Le temps qui serait nécessaire pour déplier avec précision les rapports entre les quatre protagonistes est principalement employé à revisiter le parcours balisé par le film précédent : en gros, se rendre compte avec horreur qu’on a échangé son corps avec une autre, renouveler sa garde-robe, s’autoriser une cure de malbouffe, faire du gringue à Chad Michael Murray des Frères Scott et jouer du punk de supermarché avec ses copines. Quelques parenthèses éléphantines sont ménagées dans ce programme pour commenter les travers du présent (quelques piques lancées à la parentalité permissive et à la culture de la bienveillance), ou pour faire son mea culpa sur les erreurs du passé (l’ « exotique » magicienne chinoise du premier film est opportunément remplacée par une voyante blanche et on apprend en passant que sa fille restauratrice est devenue une femme d’affaires à succès). De là le sentiment d’un film assez bancal qui ne semble retrouver que par intermittence le mélange de comédie burlesque et de mélo familial discret qui faisait toute l’étonnante réussite de son prédécesseur.

Restent quelques petites astuces de mise en scène (notamment dans les séquences de body swap : au mouvement de grue acrobatique du premier film succède un double panoramique vertical à 360°) et des gags assez drôles, notamment ceux qui tournent autour du vieillissement de Jamie Lee Curtis qui, dans la lignée de ses récents seconds rôles remarqués, cabotine à fond les ballons. Sans doute aussi le plaisir de retrouver (ailleurs que dans un téléfilm Netflix) la vivacité inquiète de Lindsay Lohan, dont les interprétations convaincantes – chez Robert Altman ou Paul Schrader – ont trop souvent été éclipsées par sa vie personnelle. Et enfin, évidemment, cette émouvante croyance qui sous-tend la franchise, selon laquelle une famille peut guérir de tout pour peu que ses membres soient capables de se mettre – au moins pour une journée – à la place les uns des autres.

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