À la tête d’une petite entreprise familiale, une laverie qu’elle tente de maintenir à flot, Evelyn Wang (Michelle Yeoh) doit composer avec son mari, qu’elle ne supporte plus, et renouer le dialogue avec sa fille, une jeune adulte en quête de reconnaissance à qui elle n’a jamais su adresser le moindre compliment. Un jour, en plein rendez-vous avec le fisc, elle plonge sans le savoir dans une faille interdimensionnelle : un étrange individu, sous les traits de son mari, l’invite à traverser la brèche qui vient de s’ouvrir dans l’espoir qu’elle puisse sauver un multivers au bord de la destruction. Débute ensuite un barnum virevoltant et carnavalesque, mille-feuille scénaristique où s’enchaînent les twists, les gags burlesques et les scènes de combat aux atours parodiques. Arrivant dans les salles françaises accompagné d’une réputation de film fou et hors norme, Everything Everywhere All At Once suit, à y regarder de plus près, un programme finalement assez limpide : concilier cinéma indépendant américain et blockbuster d’action, en adaptant l’un des thèmes favoris du premier (une situation de crise qui pousse un groupe morcelé à réapprendre à s’entendre) aux contours plus spectaculaires du second (celle d’Avengers et du film tout-en-un – all at once – avec un récit brassant en l’occurrence plusieurs genres et tonalités)[1]Le film est co-produit par A24 et les frères Russo..
Souvent trop lisible dans sa manière de joindre ces deux bouts (à chaque clin d’œil à la culture populaire répond une référence plus pointue, dans un travail d’équilibriste cherchant à contenter le plus grand nombre), ce rafistolage captive tout de même à certains endroits. Au début de la seconde partie, intitulée « Everywhere », un affrontement à l’arme blanche voit par exemple deux protagonistes traverser plusieurs dimensions en un seul et même mouvement, passant d’un décor à un autre dans les plis du montage. Le film parvient alors à représenter ce qui l’anime : un simple raccord peut couper un monde en deux et, dans le même temps, lier différents univers en un seul. Autrement dit, explorer le multivers implique de faire l’expérience même du montage – d’apprendre à vivre en raccord. Horizon passionnant, esquissé localement avec entrain et ingéniosité (comme ces split-screens arborescents qui cisaillent le cadre lorsque plusieurs chemins s’ouvrent à l’héroïne), mais qui hélas ne sert bien souvent qu’à nourrir, à gros traits, la métaphore au centre du récit : après s’être éparpillée dans les mailles du montage (« Everything Everywhere »), la famille divisée parvient enfin à s’unir lors d’un dénouement sirupeux, où tout se résout de concert (« All at Once »). Dommage qu’un film obnubilé par l’infinité vertigineuse des possibles se révèle, sous sa surface rutilante, aussi convenu et prévisible.
Notes
| ↑1 | Le film est co-produit par A24 et les frères Russo. |
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