© Tandem Films
Plus fort que moi

Plus fort que moi

de Kirk Jones

  • Plus fort que moi
  • (I Swear)

  • Royaume-Uni2026
  • Réalisation : Kirk Jones
  • Scénario : Kirk Jones
  • Image : James Blann
  • Montage : Sam Sneade
  • Musique : Stephen Rennicks
  • Producteur(s) : Georgia Bayliff, Kirk Jones, Piers Tempest, Lauren Cox, John Davidson, Cindy Jones
  • Production : Tempo Productions, One Story High
  • Interprétation : Robert Aramayo (John Davidson), Shirley Henderson (Heather Davidson), Maxine Peake (Dottie Achenbach), Peter Mullan (Tommy Trotter), Scott Ellis Watson (Young John Davidson)...
  • Distributeur : Tandem Films
  • Date de sortie : 1 avril 2026
  • Durée : 2h

Plus fort que moi

de Kirk Jones

Différent, mais pas trop


Différent, mais pas trop

Les bons sentiments font rarement les bons films. Avec Plus fort que moi de Kirk Jones, cette lapalissade trouve un exemple probant. Ce biopic sur John Davidson, un Écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, s’ouvre sur un épisode célèbre : alors que la reine Elizabeth en personne s’apprête à lui remettre la médaille de membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour ses actions associatives, l’activiste profère soudain un retentissant « Fuck the Queen ! ». Parce que l’insulte tranche avec le silence d’une assemblée de lords volontiers guindés et conservateurs, la scène fait mouche. Mais le « désolé, ça va aller » qui suit aussitôt anticipe le modus operandi du récit à venir : « rire de ses malheurs » prévaudra à toute forme d’irrévérence. Et le film de remonter le temps depuis l’adolescence de John, durant laquelle apparaissent les premiers symptômes (des tics moteurs irrépressibles), jusqu’à ce point de départ cocasse. Tout du long, le point de vue se veut doux-amer, suivant les étapes emblématiques d’un chemin de croix balisé : le rejet scolaire, les aspirations footballistiques professionnelles remisées au placard, l’implosion familiale, les diverses confrontations avec l’autorité (proviseur, police) révèlent peu à peu les effets dévastateurs de la maladie. Si Jones ne charge pas (trop) la barque, il ratisse large dans le champ des platitudes et de l’humour salvateur. D’autant que ce cheminement douloureux se voit contrebalancé par la bienveillance indéfectible d’une famille de substitution et par la tolérance exemplaire d’un patron charitable. La vie n’a pas fait de cadeau à John, mais le film, lui, se chargera de rééquilibrer la balance. Et si, d’aventure, on venait à douter du réalisme de ce qui nous est conté, les ultimes images d’archive apporterons leur caution : tout cela est « vraiment » vrai.

Le problème, ici, n’est pas tant l’humanisme béat dans lequel se drape un film paré des meilleures intentions (emprunter au feel good movie pour défendre une noble cause) que son ambition strictement narrative et didactique. Jones adopte la position d’un porte-voix studieux, dressant un portrait fidèle de Davidson, renforcé par la performance mimétique de Robert Aramayo. Résultat : il oublie de regarder son personnage autrement que comme un cas d’école. Lorsque la caméra filme en plongée, depuis le ciel, une bagarre entre John et un de ses petits camarades pour transformer une cour d’école circulaire en espace carcéral, on se dit que le cinéaste figure aussi le devenir d’un condamné avant tout prisonnier de lui-même. L’idée est belle, échappe pour une fois à la littéralité du scénario, mais restera sans suite. C’est pourtant là que se tenait le sujet le plus passionnant du film : donner à voir un corps entravé par la maladie et contraint par les barrières des préjugés. Un corps insaisissable, bousculé et pugnace, plutôt qu’un personnage de papier voué à jouer son rôle convenu d’ambassadeur.

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