L’Étoile imaginaire

L’Étoile imaginaire

de Gianni Amelio

  • L’Étoile imaginaire
  • (La Stella Che Non C'è)

  • Italie2006
  • Réalisation : Gianni Amelio
  • Scénario : Gianni Amelio, Umberto Contarello
  • d'après : le livre Démantèlement
  • de : Ermanno Rea
  • Image : Luca Bigazzi
  • Montage : Simona Paggi
  • Musique : Franco Piersanti
  • Producteur(s) : Riccardo Tozzi, Giovanni Stabilini, Marco Chimenz
  • Production : Cattleya, Rai Cinema
  • Interprétation : Sergio Castellitto (Vincenzo Buonavolontà), Tai Ling (Lui Hua), Angelo Costabile (le jeune ouvrier), Hui Sun Ha (Chong), Catherine Sng (la secrétaire)...
  • Distributeur : Magrytte Films International
  • Date de sortie : 24 janvier 2007
  • Durée : 1h44

L’Étoile imaginaire

de Gianni Amelio

Marche forcée


Marche forcée

Le nouveau film de Gianni Amelio (Les Clés de la maison) est la libre adaptation d’un roman relatant un avatar ordinaire de l’économie globale sous un angle intimiste inédit : le portrait d’un technicien dévoué mais déboussolé, chargé du démantèlement de sa propre usine dont les pièces seront revendues à des industriels chinois. Mais le cinéaste, laissant la conjoncture économique en arrière-plan, préfère imaginer la suite de l’histoire, et s’oriente vers un road-movie proche de l’initiatique où le technicien honnête part à la découverte du pays de ceux qui ont racheté son usine, un monde inconnu et a priori hostile.

D’emblée, la fable dévoile un simplisme assez désarmant, par une mise en bouche arbitraire qui voudrait poser certaines facilités de récit comme évidentes et se passant de toute discussion. Après quelques minutes montrant Sergio Castellitto errant, méditatif, dans son usine qui change de mains, on embraie avec son intervention auprès du nouveau directeur, évoquant une défaillance sur un haut-fourneau auquel il pourrait remédier. À la séquence d’après, il fait ses bagages et suit le chemin de la pièce défectueuse jusqu’en Chine pour signaler le problème à l’usine à laquelle elle est destinée. Pas évident d’envisager que, dans un contexte posé comme réaliste (de la conjoncture économique exposée au départ, jusqu’à la description quasi documentaire de la Chine qui va suivre), un salarié au chômage technique puisse prendre sur lui de faire un aussi long voyage juste par conscience professionnelle. Pas évident, sauf pour Amelio qui nous invite expressément à le croire, nous forçant la main par cette présentation précipitée, quitte à renommer le héros du roman originel en Buonavolontà — « bonne volonté », ça ne s’invente pas. Même avec la gueule peu angélique et l’interprétation nuancée de Castellitto, une vision aussi forcément candide du héros passe mal.

« Touriste confit dans ses certitudes »

La mise en scène plate d’Amelio ne recelant aucun vrai enjeu de cinéma (voir comment il envisage uniquement dans un fade champ-contrechamp les conversations entre le héros et l’interprète qui deviendra son amie et peut-être plus), ce qui suit justifie difficilement l’existence du film. Le réalisateur semble se croire le premier à nous montrer la Chine moderne de l’intérieur, ses cyclistes dans les rues enfumées, ses ateliers de couture dans les appartements, ses enfants excédentaires qu’il faut cacher… L’Italien n’a visiblement pas vu beaucoup… de films chinois, dont certains retranscrivent cette réalité avec bien plus d’impact que lui. Plus prétentieux et douteux encore : l’occidentalisme larvé qu’il exprime. Adoptant constamment le point de vue de son héros positif Buonavolontà, il le pose en conscience critique d’une Chine qui aurait perdu ses valeurs dans le nouveau contexte économique. « Il manque une étoile », déclare-t-il sentencieusement (d’où le titre), faisant référence aux étoiles du drapeau chinois, chacune représentant une des vertus de l’Empire du milieu. Les interactions entre Occident et Orient n’étant par ailleurs présentées que d’un seul point de vue jamais contrebalancé, de la prise de possession initiale de l’usine aux problèmes de communication du héros, le film ne dépasse jamais le niveau des considérations agaçantes du touriste confit dans ses certitudes.

La fin du film nous signifie que le voyage lui-même était plus important que son objectif. Rien de très neuf sous le soleil du road-movie, genre dont c’est généralement la conclusion attendue. Mais que peut-on tirer d’un voyage qui, finalement, n’a pas bouleversé grand-chose, dont le protagoniste a sans doute trouvé des raisons intimes de plus d’être l’honnête homme qu’il est (évolution sur laquelle le réalisateur ne travaille jamais), mais rien qui remette en débat les certitudes biaisées qu’il avait en partant et dont le film fait insidieusement son miel ?

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