Événement attendu avec une infinie patience, voici venir le nouveau film du réalisateur de Donjons et Dragons, qui avait traumatisé les amateurs du jeu de rôle et toutes les personnes douées du moindre sens esthétique. Après avoir fini de ridiculiser Jeremy Irons, Solomon emmène dans son naufrage les anciennes gloires du fantastique Sissy Spacek et Donald Sutherland. Mais arrêtez-le !
L’histoire de la famille Bell est une légende américaine, le seul cas où un esprit aurait fait du mal physiquement à un humain. Si l’on se remémore que la légende en question a déjà inspiré, de loin, les arnaqueurs qui avaient présidé au Projet Blair Witch, on se rend compte de ce qu’on risque avec cette nouvelle adaptation, cette fois-ci bien plus fidèle à la légende. Malheureusement, ces craintes sont justifiées.
Non que le film ait choisi de renouveler les fausses audaces de mise en scène de Blair Witch, loin s’en faut. C’est plutôt du côté d’Evil Dead que Solomon semble chercher son inspiration, mais n’est pas Sam Raimi qui veut. L’esprit qui hante la famille Bell est ainsi dépeint grâce à des mouvements de caméra dont on sent qu’ils veulent se rapprocher des courses hystériques, filmées par Raimi avec une caméra en fin de vie accrochée au phare d’une moto, aux trousses d’un Bruce Campbell hystérique au sommet de son art. Ici, de folie, point : Solomon multiplie les filtres de couleur et ballade sa caméra face au visage de protagonistes la plupart du temps manifestement plus soucieux d’éviter l’objet que de tenir correctement leur rôle. Avec ces séquences aux allures de téléfilm, ou pourrait avoir vu le pire de ce que American Haunting a à offrir, mais ce serait compter sans les séquences où Solomon se pique de rendre sa mise en scène efficace. Ainsi, il va filmer le calvaire de la pauvre petite Betsy avec une touchante naïveté. Alors qu’elle est soulevée de terre par l’esprit, la caméra filme la malheureuse en trois plans : les pieds au-dessus du sol, les mains soutenues (mollement) par l’esprit, et le corps de l’actrice, qui fait de son mieux pour nous convaincre de la réalité de son calvaire à grands coups de hurlements stridents et de visages distordus. Tournés indépendamment les uns des autres, cette combinaison de plans reprend une astuce du fantastique d’antan. Mais le rythme nécessaire du montage est absent, et l’illusion ne prend pas. La séquence où Donald Sutherland adjure Dieu de prendre sa vie pour épargner les siens le montre alternativement sous un profil puis l’autre, celui-ci exactement symétrique au premier, sans souci de rythme ou de montage, achève d’inspirer un sourire narquois du spectateur.
Sutherland, qui pour les fantasticophiles reste le héros du superbe et claustrophobique L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman aux côtés de Sissy Spacek – Carrie, rien moins – au générique : voilà de quoi faire saliver les amateurs. Malheureusement, Solomon gâche son casting de rêve. Si les deux acteurs font de leur mieux, il préfère se focaliser sur la jeune Rachel Hurd-Wood, interprète de la malheureuse fille de la famille Bell. Et quand bien même : pourquoi pas ? Si tant est que le réalisateur se soit forcé à douter de la véracité de son histoire. Mais non : le seul aspect malin du scénario consiste à commencer sur une piste, pour bifurquer sur une autre. Mais Solomon est prisonnier de son « basé sur une histoire vraie », d’autant plus qu’elle est bien connue aux USA, et discutée comme le trésor de l’abbé Saunière ou la bête du Gévaudan en France. Comme dans Donjons et Dragons, à force de vouloir rester fidèle à la lettre de son matériau d’origine, Solomon perd toute originalité dans sa mise en scène et dans son scénario. Laissons-lui le bénéfice du doute : peut-être qu’une idée originale, sans la pression de fans de jeux de rôle ou de théoriciens mythologiques, lui permettra de faire quelque chose de mieux. Mais pour l’instant, tous les doutes sont permis.