La Clé de verre

La Clé de verre

de Stuart Heisler

  • La Clé de verre
  • (The Glass Key)

  • États-Unis1942
  • Réalisation : Stuart Heisler
  • Scénario : Jonathan Latimer
  • d'après : le roman La Clé de verre
  • de : Dashiell Hammett
  • Image : Theodor Sparkuhl
  • Montage : Archie Marshek
  • Musique : Victor Young
  • Producteur(s) : Fred Kohlmar, Buddy G. DeSylva
  • Production : Paramount Pictures
  • Interprétation : Brian Donlevy (Paul Madvig), Veronica Lake (Janet Henry), Alan Ladd (Ed Beaumont), Bonita Granville (Opal «Snip» Madvig), Richard Denning (Taylor Henry), Joseph Calleia (Nick Varna), William Bendix (Jeff)
  • Éditeur DVD : Carlotta Films
  • Date de sortie DVD : 22 août 2007
  • Durée : 1h21

La Clé de verre

de Stuart Heisler

Main basse sur la ville


Main basse sur la ville

Seconde adaptation d’un roman de Dashiell Hammett (après la première version tournée en 1935 par Frank Tuttle), La Clé de verre s’inscrit, seulement un an après la sortie du Faucon maltais (tourné en 1941 par John Huston d’après un roman du même Hammett), dans la totale lignée des films noirs qui feront le bonheur d’Hollywood pendant deux décennies. Conduit par un réalisateur mineur et porté par un duo d’acteurs plutôt oubliés, La Clé de verre est une curiosité à redécouvrir qui comporte quelques scènes d’une violence assez surprenante pour l’époque.

Veronica Lake est connue de nos contemporains pour avoir inspiré James Ellroy dans son roman L.A. Confidential dans lequel un flic mettait le nez dans un trafic de sosies de stars, Kim Basinger incarnant alors un double presque plus vrai que nature pour son adaptation au cinéma par Curtis Hanson. Pourtant, l’actrice connut une (courte) heure de gloire durant les années 1940 (notamment en tournant dans Les Voyages de Sullivan de Preston Sturges et dans Le Dahlia bleu, qui inspirera une nouvelle fois Ellroy pour son best-seller Le Dahlia noir) avant de terminer dès les années 1950 dans l’oubli le plus total. Loin des canons de beauté qui feront la gloire du film noir – petite et peu plantureuse, à l’opposé des Lana Turner et autres Ava Gardner –, elle se distinguait avant tout par une coiffure originale qui lui cachait une partie du visage. Dans ce film, elle avait une nouvelle fois pour partenaire l’acteur Alan Ladd, de petite taille également et plutôt chétif, donc loin de la figure classique de l’homme charismatique et ultra-viril immortalisée par Humphrey Bogart, qui sombrera quelques années plus tard dans l’alcool avant de mourir par overdose de sédatifs. C’est dire si cette Clé de verre est une belle opportunité de renouer avec certains laissés pour compte de la machine à broyer hollywoodienne, d’autant plus que le réalisateur, Stuart Heisler, n’a pas fait longtemps parler de lui.

Le sujet témoigne pourtant d’une belle ambition et le scénario – complexe – aurait peut-être mérité d’être traité sur une plus longue durée pour rendre bien plus compréhensibles les tenants et les aboutissants de cette intrigue sur fond de manigance politique. À l’approche des élections, le candidat Paul Madvig est soupçonné du meurtre du fils de son adversaire, le sénateur Henry, par sa propre sœur et la fille de ce dernier, Janet (Veronica Lake). Convaincu de son innocence, le bras droit de Madvig, Ed Beaumont (Alan Ladd) mène sa propre enquête et tombe progressivement sous le charme de la mystérieuse Janet, bien décidée à ne pas lui faciliter la tâche. Il faut dire que le beau détective aura du fil à retordre tout au long des 1h24 du film. Globalement violent pour son époque (réalisé en 1942 alors que le Code de Censure régissait toute la production hollywoodienne), La Clé de verre comporte un certain nombre de scènes totalement inhabituelles. Beaumont fait par exemple l’objet d’un tabassage en règle qui le défigure pendant quelque temps et n’hésite pas un seul instant à retourner voir son bourreau, d’où un savoureux rapport de sado-masochisme qu’on ne retrouvera que quelques années plus tard dans le fameux Gilda de Charles Vidor. La mise en scène, efficace sans forcément déborder d’originalité, maintient un rythme suffisamment soutenu pour captiver le spectateur jusqu’au retournement final plutôt inattendu.

Dans le bonus, Philippe Labro, cinéaste et écrivain, revient sur l’influence majeure du romancier Dashiell Hammett dans l’émergence du film noir au début des années 1940 à Hollywood. Fin connaisseur, Labro démontre en quoi l’écriture de Hammett, dite objective, a permis l’établissement de certains codes propres au film noir et comment elle a pu nourrir d’inégalables dialogues à double niveau de lecture capables d’inspirer les pires cauchemars au sénateur Hays. Le théoricien revient également sur les (relativement courtes) carrières de Veronica Lake et d’Alan Ladd qui eurent dans cette Clé de verre l’un de leurs rôles les plus significatifs.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !