Depuis Le Retour des morts vivants de Dan O’Bannon en 1984, la comédie de zombies est devenu un sous-genre de l’horreur avec ses propres codes, mais qui conserve les mêmes enjeux idéologiques que son cousin plus sérieux : il s’agit fondamentalement d’un cinéma de dénonciation. Fido, avec son portrait au vitriol d’une middle-class américaine typiquement 50’s, n’échappe pas à la règle.
« Qu’est-ce que je devais dire à nos voisins, qui ont six zombies de maison ? Que nous n’en avons aucun ? », lance, désespérée, Carrie-Anne Moss en mère de famille, à son mari lors d’une scène de ménage. C’est que les zombies domestiques, c’est important. L’Amérique des années 1950 vit au rythme des zombies pacifiés par les colliers électroniques de la société Zomcon. Laitiers, livreurs de journaux, personnel de maison, ils sont devenus un signe de réussite sociale. Lorsque son mari finit pas céder, c’est un grand jour pour la famille Robinson que celui de l’arrivée de Fido, zombie de maison. Les choses se compliquent lorsque, inévitablement, Fido mord une voisine acariâtre, et que la mère de famille et son fils décident de cacher les faits, entretenant à l’égard du zombie des sentiments toujours plus troubles…
Madame Bovary chez les zombies : fallait oser ! Fido ose beaucoup, avec une idée de départ simple et efficace : et si on décidait de ne pas tuer tous les zombies, à la fin de La Nuit des morts vivants de George Romero ? Car c’est indéniablement l’idée des trois copains à l’origine du film : Dennis Heaton et Robert Chiomak, scénaristes, et Andrew Currie, réalisateur, fans du genre et désireux de « faire un film dont on parlerait sur Fangoria ». Donc, après La Nuit, les zombies se retrouvent contrôlés par un dispositif artificiel et au service de la société des 50’s. Le film joue à fond sur les références associées à l’imagerie de l’époque, particulièrement une esthétique aux couleurs très vives, et une morale consumériste au possible. La galerie de personnages du film est on ne peut plus réjouissante : Mr Robinson, le mari, obsédé par l’idée offrir à sa famille des enterrements garantis sans zombification, luxe suprême ; un voisin, responsable de Zomcon, qui arbore des têtes de zombies dans le formol en tant que trophée de chasse ; un autre voisin, qui garde avec lui une cheerleader zombie ; les gamins scouts conditionnés jusqu’à la mœlle… Mais Fido, Mrs Robinson et son fils sont véritablement au centre du film : ces deux derniers finissent par rechercher dans le zombie le mari (l’amant ?) et le père qu’ils n’ont pas vraiment, monsieur passant son temps à assister à des enterrements en fantasmant sur le sien.
L’humour noir dévastateur du film est finement contrebalancé par le sérieux rieur affecté par tous, du réalisateur (qui tourne avant tout un drame sentimental – avec des zombies, certes) aux acteurs (avec Carrie-Anne Moss, incroyable dans un rôle totalement à contre-emploi de sa filmographie habituelle, en tête de liste). Et c’est un humour passablement dévastateur : comme Peter Jackson dans son remarquable Braindead, Fido n’épargne personne : les scouts, la vieille handicapée acariâtre, les flics et les scientifiques (une nécessité du genre), jusqu’aux petits chanteurs de Christmas Carols… Une telle recette avait fait merveille pour le Gremlins premier du nom, et elle refait ici ses preuves. Il s’agit d’utiliser le zombie non comme le centre du film (ce qui résumerait le film à une énième et médiocre Armée des morts), mais de focaliser le récit sur les personnages et leurs rapports, utilisant le monstre comme un ressort scénaristique. C’est ce que réussissent avec talent les trois compères à l’origine de Fido, en bon fantasticophiles qu’ils sont, en prenant bien soin de respecter leurs aînés. La seule faiblesse de cette amusante comédie référentielle reste que, comme souvent dans le genre, la mise en scène est d’une redoutable platitude, et le montage et le rythme du film passablement indigents.
Finalement, Fido reste donc une comédie ultraréférentielle qui souffre des défauts classiques de ce genre de film, mais avec un amour du genre qui évoque autant Shaun of the Dead, une agréable référence dans le genre, que Beetlejuice. Un bon départ donc pour les créateurs de Fido, à qui un tout petit plus de personnalité et d’audace ne feront cependant pas de mal.