Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium

Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium

de Zach Helm

  • Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium
  • (Mr. Magorium’s Wonder Emporium)

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Zach Helm
  • Scénario : Zach Helm
  • Image : Roman Osin
  • Montage : Sabrina Plisco, Steven Weisberg
  • Musique : Alexandre Desplat, Aaron Zigman
  • Producteur(s) : James Garavente, Richard N. Gladstein
  • Interprétation : Dustin Hoffman (Mr Magorium l’amateur de chaussures), Natalie Portman (Mollie la pianiste en manque d’inspiration), Jason Bateman (Henry Weston le comptable qui n’arrête jamais de travailler), Zach Mills (Eric Applebaum le garçon solitaire), Steve Whitmire (Kermit la grenouille)...
  • Date de sortie : 13 février 2008
  • Durée : 1h33

Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium

de Zach Helm

Natalie and the fake toys factory


Natalie and the fake toys factory

Suffit-il d’effets spéciaux numériques rutilants et d’une perruque incroyable sur la tête de Dustin Hoffman pour faire un conte à la Roald Dahl dans l’univers des jouets ? La réponse est, évidemment, non. Plein de bonnes idées narratives, le scénariste de L’Incroyable Destin d’Harold Crick passe derrière la caméra, mais n’outrepasse pas les décevantes limites de son univers, déjà posées dans ce précédent film.

Les jouets au cinéma se partagent en deux factions : il y a les gentils, les féeriques, les mignons ; et les méchants, dont le cinéma fantastique fait ses choux gras (Dolls de Stuart Gordon, la saga de Chucky, les délirants Puppet Master ou le mauvais Dead Silence). Dans Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium, point de poupée tueuse, ou de jouet malveillant : c’est évidemment à la première catégorie que nous avons affaire. Et c’est bien dommage, car les méchants films précités faisaient montre d’une créativité, d’une inventivité qui fait souvent défaut aux productions plus sages. Seule et iconoclaste exception, l’étrange et imparfait Toys de Barry Levinson s’autorisait une mise en scène et un scénario foisonnants et chaotiques – qui font de ce film, notamment, la meilleure composition de Robin Williams.

Mais foin de cela dans ce Merveilleux Magasin. Molly Mahoney est une jolie jeune fille un peu solitaire et dévorée par la musique. Elle souffre, en effet, d’un syndrome de la dernière mesure blanche, et ne parvient pas à terminer l’œuvre de sa vie. En parallèle, elle travaille dans le magasin du fameux Mr Magorium, propriétaire atypique d’un magasin magique et qui donc ne l’est pas moins. Lorsque l’excentrique propriétaire annonce son désir de « partir », la jeune fille reste désemparée.

Les enfants adorent les jouets, les adultes non, sauf quand il s’agit de Dustin Hoffman avec une coupe à faire pâlir Christopher Lloyd dans Retour vers le futur, ou de Natalie Portman qui tente avec application d’afficher le sourire le plus niais du monde. Afin de nous prouver cette maxime, Le Merveilleux Magasin… passe sa première demi-heure à nous montrer des enfants faisant mine de jouer avec de visibles effets spéciaux numériques, et un adulte perdu au milieu de tout cela, qui pour souligner le contraste se trouve être, ô horreur !, un comptable. Manifestement désireux de retrouver un sentiment de merveilleux à la Roald Dahl, Zach Helm pille allégrement Charlie et la chocolaterie et tout l’œuvre de l’auteur anglais, sans mesure aucune, et sans pour autant parvenir à saisir la folle finesse de son univers si particulier. Helm semble vouloir aller au plus évident : un beau jouet c’est un jouet clinquant, un bon effet spécial c’est un effet qui se voit, un bon personnage c’est un personnage sans zone d’ombre, qu’on comprend facilement. Rien que de très inoffensif donc, dans ce choupinet Merveilleux Magasin, mais rien de vivant.

Le monde de Zach Helm a quelque chose d’attachant. Son Harold Crick était plus que prometteur, mais finalement se cantonnait à une interprétation très premier degré de sa folle histoire (qui voyait un homme s’apercevoir qu’il était le personnage principal d’un livre, sans que l’auteur du livre le sache – et que l’auteur en question avait l’intention de le faire mourir). Le Merveilleux Magasin… obéit semble t‑il aux mêmes règles : Helm a une belle imagination, et tente à tous prix de faire s’interpénétrer univers livresque et cinématographique, mais échoue lorsqu’il s’agit de créer réellement un univers à la (dé)mesure de ses ambitions. Harold Crick n’était rien de plus qu’une comédie vaguement romantique, Le Merveilleux Magasin de Mr Magorium n’est rien de plus qu’un conte inoffensif, un brin surjoué, un rien benêt. Ne désespérons pourtant pas du scénariste réalisateur : il se pourrait qu’il apporte un sang neuf au genre déjà galvaudé du merveilleux hollywoodien post-Harry Potter.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !