Le Royaume interdit

Le Royaume interdit

de Rob Minkoff

  • Le Royaume interdit
  • (The Forbidden Kingdom)

  • États-Unis, Chine2008
  • Réalisation : Rob Minkoff
  • Scénario : John Fusco
  • Image : Peter Pau
  • Montage : Eric Strand
  • Musique : David Buckley
  • Producteur(s) : Casey Silver
  • Interprétation : Michael Angarano (Jason Tripitikas), Jackie Chan (Lu Yan alias Old Hop), Jet Li (Le Moine silencieux alias le Roi Singe), Liu Yifei (Moineau d’Or), Li Bingbing (Ni Chang alias la Diablesse aux cheveux blancs), Collin Chou (Le Guerrier de Jade)...
  • Date de sortie : 24 septembre 2008
  • Durée : 1h37

Le Royaume interdit

de Rob Minkoff

Il était une fois en Chine


Il était une fois en Chine

Passionné de films de kung-fu, Jason découvre dans une boutique de Chinatown une longue canne ayant appartenu au Roi Singe, personnage légendaire de la Chine ancienne. Magique, l’objet le projette dans le temps, au cœur d’un pays dominé par les Guerriers de Jade. Pour mettre fin à cette tyrannie, Jason va devoir rendre la canne à son propriétaire. Sympathique, mais insignifiant…

Il est des films qui glissent sur vous. À la sortie de la projection, vous saisit l’étrange sensation d’avoir traversé pendant l’heure et demie passée un gigantesque trou noir. Après un joli générique de début jouant du graphisme des vieilles affiches de films de kung-fu, votre œil a bien capté les images qui défilaient devant lui, mais l’information enregistrée n’a activé que peu de zones du cerveau.

La mémoire est tout de même sollicitée. Un petit jeu mental s’engage pour reconnaître quels films ont vu leur construction dramatique pillée. Incontestablement, il y a beaucoup de Retour vers le futur dans Le Royaume interdit : le voyage dans le temps, les codes d’une autre temporalité à vite intégrer, la construction en boucle où le héros revient suffisamment aguerri pour renverser à son avantage la situation initiale… Il y a aussi du Karaté Kid dans la formation accélérée du héros aux règles des arts martiaux… Un côté Seigneur des Anneaux dans le design de la Montagne aux Cinq Éléments, dans la lave qu’elle renferme, dans la reproduction d’une narration très heroic-fantasy où les protagonistes que le héros croise sur son chemin lui permettent d’accomplir sa quête… Il y a surtout un pillage éhonté des figures mythiques de la culture populaire chinoise : le Maître ivre, la Mariée aux cheveux blancs, l’Orpheline… Une reproduction calamiteuse des décors locaux : le désert, les chutes d’eau, la forêt de bambou, le jardin d’arbres à fleurs… Un catalogue ridicule des différentes techniques de combat existantes : le Poing du serpent, la Mante religieuse, la Grue…

L’accumulation des aspects « Guide du routard » et « Kung-fu pour les nuls » pourrait être détestable à la longue. Voilà un film qui réduit tout de même en 97 minutes une culture ancestrale à une succession de clichés. Bien dans les habitudes exaspérantes de l’Amérique, et plus largement de l’Occident avec sa fâcheuse tendance à réduire les particularismes régionaux à de simples folklores. Mais le tout est nappé d’une telle niaiserie qu’il est difficile de s’offusquer. Au mieux, dans toute sa platitude, Le Royaume interdit peut servir aux préadolescents français d’introduction à une filmographie plus sélective. Ils devraient ainsi s’intéresser à la première partie de la carrière de Jet Li, du temps où il n’était pas seulement un bouffon sautillant à la Jackie Chan, notamment devant la caméra autrement virtuose de Tsui Hark.

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