Plus de dix ans après L’homme est une femme comme les autres, humble et tendre comédie sur les péripéties d’un homme juif partagé entre la tradition et son désir pour les autres hommes, le réalisateur Jean-Jacques Zilbermann retrouve la fine équipe (de Caunes, Zylberstein) pour un résultat un peu moins emballant, la faute à un discours un peu trop lénifiant sur l’acceptation de l’autre.
Réalisateur discret, Jean-Jacques Zilbermann livre ici son quatrième long-métrage en plus de seize ans. Entre Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes (1993), tendre comédie dramatique portée par une Josiane Balasko épatante, et Les Fautes d’orthographe (2004) qu’on a un peu trop rapidement rapproché du succès douteux des Choristes, le réalisateur a connu un beau succès public (et critique dans une moindre mesure) avec L’homme est une femme comme les autres (1998). Avec son titre malin, d’une efficacité redoutable, le film s’imposait comme l’un des premiers films de la génération PACS (un an avant le passage de celui-ci) : un homme plus tout à fait jeune mais encore très séduisant (Antoine de Caunes) se résignait à délaisser sa vie homosexuelle pour épouser la jeune et ingénue Rosalie (Elsa Zylberstein) dans l’espoir de satisfaire aux exigences de sa famille juive pratiquante en attente d’un nouveau descendant. Hymne amusé et amusant à la tolérance en ces temps où la représentation de l’homosexualité était encore en mal de banalisation dans le cinéma français, L’homme est une femme comme les autres, sans non plus révolutionner la mise en scène, séduisait à force de générosité et d’humilité.
Onze ans plus tard, la représentation de l’homosexualité semble s’être banalisée, classant L’Homme blessé et autres Nuits fauves dans la case glauque, et presque tous les films ont aujourd’hui leur personnage gay (par souci de représentativité ou par pur cynisme commercial). Où peut donc se positionner cette suite alors que le PACS fête ses dix ans de succès et que la législation (même sous un gouvernement de droite) semble glisser (certes très lentement) vers une reconnaissance des couples de parents de même sexe ? Le réalisateur est donc allé chercher du côté de nos autres maux, à savoir, en vrac, l’enlisement de la mésentente juifs/musulmans et l’arrivée au pouvoir d’un Sarkozy incarnant plus que jamais une politique sécuritaire. Du coup, La Folle Histoire d’amour de Simon Eskenazy s’installe dans le 18e arrondissement populaire (Château-Rouge) où la population noire vit en totale harmonie dans une sorte de Bamako de carte postale (et donc fantasmé), tout juste troublée par des incursions policières plutôt inoffensives. Et à un autre niveau, l’arrivée intempestive du jeune Naïm (Mehdi Dehbi, la révélation du film), jeune beur travesti qui va faire chavirer le cœur de Simon, sonne carrément la réconciliation symbolique des Juifs et des Arabes puisque, sans renier ses origines, il sera le seul capable de resserrer les liens de Simon avec sa mère puis son fils qu’il n’a jamais vu.
Si on peut en toute logique faire preuve d’une grande réserve devant ce canevas reposant avant tout sur une totale fausse bonne idée, on pourra déplorer assez généralement la mollesse d’un film pourtant réalisé honnêtement. Il est difficile de savoir si cet échec tient du manque d’épaisseur des dialogues ou de l’absence d’enjeux de second plan dans la quasi totalité des scènes. Reste le jeu que Zilbermann construit autour des retrouvailles de Caunes/Zylberstein, ancien couple à l’écran et à la ville, à l’instar d’un Stéphane Brizé qui jouait de cette ambiguïté dans son Mademoiselle Chambon tout en fausse retenue. Pour le spectateur, la fiction et la réalité se télescopent un court instant, le posant en témoin direct d’une réconciliation longtemps attendue, un peu comme si l’on avait plaisir à retrouver deux amis terriblement sympathiques qui nous auraient manqué depuis dix ans. C’est très peu mais c’est déjà ça.