Himalaya, le chemin du ciel

Himalaya, le chemin du ciel

de Marianne Chaud

  • Himalaya, le chemin du ciel

  • France 2008
  • Réalisation : Marianne Chaud
  • Scénario : Marianne Chaud
  • Image : Marianne Chaud
  • Son : Marianne Chaud, Nadine Muse, Thierry Delor
  • Montage : Françoise Berger-Garnault
  • Musique : Olivier Bernet
  • Producteur(s) : Manuel Catteau, Jérôme Ségur, Jean Queyrat
  • Production : ZED Production, Arte France
  • Date de sortie : 25 novembre 2009
  • Durée : 1h04

Himalaya, le chemin du ciel

de Marianne Chaud

Sur les pas d'un jeune moine bouddhiste


Sur les pas d'un jeune moine bouddhiste

Le titre un peu pompeux Himalaya, le chemin du ciel et la collaboration passée de son autrice avec Nicolas Hulot en tant que consultante pour son émission Ushuaïa sur la région du Ladakh, ne plaçait pas d’emblée la sortie de ce documentaire sous les meilleurs auspices. Pour son second film, Marianne Chaud a cependant su partiellement s’affranchir des codes racoleurs des reportages télévisés pour réaliser un film plus personnel loin des clichés néo-colonialistes, sans pourtant éviter quelques maladresses.

L’ethnologue filme seule, en regard subjectif, le quotidien des moines bouddhistes du temple de Phuktal dans le royaume du Zanskar, une vallée située à 4000 mètres d’altitude, la plus élevée qui soit habitée dans l’Himalaya. La jeune femme est partie avec une caméra sans autre projet que de transmettre le quotidien de ces hommes. L’écriture s’est faite au montage et c’est en visionnant les rushs qu’elle a décidé de se focaliser sur le personnage de Kenrap, un jeune moine âgé de huit ans.

Dès les premières scènes, on est rapidement agacé par le ton de la réalisatrice qui n’hésite pas à couper la parole de ses interlocuteurs avec des questions qui ne brillent malheureusement pas, par leur pertinence et révèlent même une profonde naïveté. Elle insiste entre autres lourdement sur la douleur du jeune garçon qui souffre des oreillons, tout en filmant en gros plan son œil humide et en l’accompagnant d’une musique mielleuse. De courtes scènes de vie quotidiennes alternent avec des entretiens plus formels. On est frustré par la rapidité du montage qui laisse trop peu la parole aux différents intervenants. On nous prend par la main avec bienveillance pour nous raconter l’histoire de ce petit Kenrap, la réincarnation d’un vieux moine d’un village voisin, sans nous laisser le temps de la réflexion ou de l’observation. Les séquences se succèdent avec une régularité maladive qui nous conduit à penser que ce documentaire n’a pas forcément été réfléchi d’un point de vue cinématographique. Mais il n’est pas non plus à proprement parler un film ethnologique. On découvre quelques gestes et coutumes mais sans pouvoir s’y attarder et sans avoir suffisamment d’explications. À aucun moment, on sent une quelconque prise de partie. On se demande alors quelle a été l’intention de la réalisatrice. A‑t-elle ressenti une nécessité de témoigner et de fixer sur la pellicule le mode de vie de ces hommes et leurs traditions séculaires ? Ou bien a‑t-elle voulu transmettre son expérience personnelle ? Sans doute les deux. Mais elle ne parvient pas à atteindre ces objectifs. En ce qui concerne le récit autobiographique, elle ne fait jamais état de ses ressentiments même si sa voix est très présente et le cadre ne révèle jamais son intériorité. Concernant l’aspect plus scientifique, ses prises de vue manquent de précision comme nous l’avons souligné ultérieurement. Si on en croit les interviews, elle veut tout bonnement pointer une sorte d’universalisme béat et totalement utopique en affirmant : « L’autre, qu’il soit villageois ou moine, nous est semblable, aussi complexe et contradictoire que nous. »

Malgré ces faiblesses, on se laisse charmer par la grandeur d’âme des personnages, la splendeur des paysages enneigés et la beauté architecturale de ce modeste monastère accroché au flanc de la montagne. La multitude de plans en plongée rappelle la vulnérabilité des hommes face à la grandeur de la nature. Et ce qui fait certainement la force de ce film, c’est sans doute la proximité des personnages et notamment de Kenrap avec la réalisatrice. Le jeune garçon joue volontiers avec la caméra et passe tour à tour du rire à une certaine gravité. Cependant, qu’elle le veuille ou non, le comportement du jeune moine est indubitablement modifié par la présence de la caméra contrairement à ce qu’elle affirme. Elle n’adopte pas, comme dans beaucoup de ce genre de productions, le regard dominateur de l’occidental prônant l’hégémonie de la culture judéo-chrétienne. Marianne Chaud reste modeste tant dans sa façon de filmer – plans qui bougent tournés avec sa petite caméra DV – que dans sa façon d’aborder ses interlocuteurs, au risque de tomber dans des propos simplificateurs. Himalaya, chemin du ciel nous fait découvrir sommairement la vie monacale du temple de Puktahl avec légèreté, mais nous laisse malheureusement sur notre faim par son manque d’inventivité.

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