[Festival des 3 Continents] The Tiger Factory

[Festival des 3 Continents] The Tiger Factory

de Woo Ming Jin

  • [Festival des 3 Continents] The Tiger Factory

  • Malaisie, Japon2010
  • Réalisation : Woo Ming Jin
  • Scénario : Woo Ming Jin, Edmund Yeo
  • Image : Wan Chun Hung
  • Son : Cheong Pau San, Kenny Chua
  • Montage : Edmund Yeo, Kenny Chua
  • Producteur(s) : Woo Ming Jin, Edmund Yeo, Kohei Ando
  • Production : Greenlight Pictures, Ando Laboratory
  • Interprétation : Lai Fooi Mun, Pearlly Chua, Susan Lee
  • Durée : 1h24

[Festival des 3 Continents] The Tiger Factory

de Woo Ming Jin

Woo Ming Jin fait partie d’une génération montante de cinéastes malaisiens, à laquelle appartient également Edmund Yeo, ici co-scénariste du film. Organisée en véritable coopérative cinématographique, cette génération a appris à tourner vite, beaucoup, et avec très peu de moyens, témoignant ainsi d’une certaine urgence des images, souvent chargées d’enjeux documentaires autant qu’artistiques. The Tiger Factory est très représentatif de cette mouvance : tiré d’un fait divers, tourné caméra à l’épaule et en trois semaines, le film porte en lui tout le programme d’un certain world cinema, qui paradoxalement laisse affleurer la tentation d’un académisme dont Woo Ming Jin échoue ici à transcender les enjeux.

Ping Ping a 19 ans. Écœurée de la vie misérable à laquelle elle semble promise en Malaisie, la jeune femme ne songe qu’à émigrer au Japon. Pour mettre de côté de quoi à réaliser ce projet, elle multiplie les petits boulots : la plonge dans un restaurant ; un travail dans une ferme, à l’insémination des porcs où elle parvient même à subtiliser un peu de sperme pour le vendre ensuite à des contrebandiers ; et surtout, Ping Ping essaie de décrocher le gros lot en étant mère porteuse pour un trafic de bébés, mené d’une main de fer par sa machiavélique tante. Monolithique dans sa narration, qui s’attache à suivre pas à pas les déambulations de la pauvre Ping Ping, The Tiger Factory l’est aussi dans son traitement, qui manque du coup à ce que semblent être ses obligations annoncées : faire, en sus d’une chronique sociale désenchantée, le portrait intimiste d’une jeune femme malaisienne.

Prostrée dans un mutisme navré du début à la fin du film, d’une passivité geignarde qui confine à la malfaisance (à court d’idées, Ping Ping finira tout de même par dénoncer ses amis sans-papiers aux autorités, contre une petite somme d’argent), le personnage dessiné par Woo Ming Jin reste en somme parfaitement opaque pour le spectateur, devenant du coup l’illustration assez scolaire d’un propos sociologique, exposé ici avec un didactisme difficilement supportable. Usant de rapprochements à la fois grossiers et douteux, le réalisateur soustrait d’un côté les ébats humiliants de Ping Ping au regard du spectateur (soit les actes sexuels, organisés par sa tante, avec des inconnus, visant à provoquer de nouvelles grossesses), pour ensuite filmer longuement l’insémination des porcs, faisant œuvre d’une symétrie sur-signifiante. Malhonnête au possible, ce dispositif est assez représentatif de l’ensemble du film, remarquable en ce qu’il témoigne de ce que peut être un certain terrorisme des images. L’exploration de la misère humaine donne ainsi lieu à une interprétation esthétique atone et systématique, érigée ici en doctrine moraliste… le spectateur finit navré, certes, mais sans doute pas dans le sens où Woo Ming Jin l’aurait souhaité.

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