La Fin du silence

La Fin du silence

de Roland Edzard

  • La Fin du silence

  • France, Autriche2011
  • Réalisation : Roland Edzard
  • Scénario : Roland Edzard
  • Image : Frédéric Serve
  • Montage : Thomas Marchand, Gisèle Rapp-Meichler
  • Musique : Christine Ott Quartet
  • Producteur(s) : Philippe Avril
  • Interprétation : Franck Falise (Jean), Thierry Frémont (Nils), Maia Morgenstern (Anne), Carlo Brandt (Théo)...
  • Distributeur : Équation
  • Date de sortie : 7 décembre 2011
  • Durée : 1h20

La Fin du silence

de Roland Edzard

Chut...


Chut...

Élève aux Arts décoratifs puis au Studio national des Arts Contemporains, Roland Edzard se fait remarquer à Cannes en 2004 pour son court-métrage La Plaine (primé par la Cinéfondation) dont il reprend aujourd’hui la trame narrative pour son premier long La Fin du silence. Film d’ambiance, impressionniste et cru à la fois, La Fin du silence joue à fond l’immersion sensorielle du public mais oublie au passage ses personnages, trop monolithiques pour qu’on s’y intéresse.

Un matin, dans une maison isolée en lisière d’une forêt vosgienne éclate une dispute violente. Jean (Franck Falise) s’écharpe avec son frère aîné jusqu’à ce que son père le jette dehors. Rongé par la violence, il erre jusqu’à retrouver une bande de chasseurs dans un troquet du village. Coupable idéal lorsque la nuit même la voiture familiale est incendiée, Jean s’enferme un peu plus dans le mutisme, s’arme d’un fusil et retourne chez lui.

Pas véritablement un film de vengeance (même si ce sentiment traverse le personnage de part en part), La Fin du silence s’affranchit très vite d’une linéarité narrative pour s’ancrer dans les impulsions du héros. Dès l’affrontement physique des deux frères, le ton est donné. Charnel, émotionnel, le métrage tente de suivre le cheminement d’un adolescent en rupture avec ses parents, et plus largement avec le genre humain, non pas à travers les étapes d’une réflexion (implicite ou verbalisée) qui le mènerait au passage à l’acte, mais en auscultant les nerfs ou les pulsions qui le poussent à agir. Malheureusement, les affres psychologiques de Jean peinent à affleurer à l’écran. La mise en scène, volontairement distante et cherchant à tout prix le réalisme brut, enfile les scènes de conflit sans en donner les clés. Ceux qui tentent d’aider Jean sont traités par lui comme des ennemis au même titre que sa famille. Pourquoi ? Silence… On observe le personnage, on l’épie comme une proie (ou un prédateur, la symbolique un peu facile du chasseur jouant sans cesse sur l’inversion des rôles chasseur/chassé) mais les états émotionnels qui le guident restent difficilement pénétrables. Le choix du décor (la forêt vosgienne), censé mettre en lumière l’animalité ou la minéralité des personnages, se révèle du coup étrangement artificiel. L’hermétisme du héros contamine le film, le rendant abscons, la sensorialité des lieux déployée à longueur de plans ne suffisant pas à contrebalancer cet effet de vide.

À trop vouloir filmer le non-dit (le fameux silence) par l’entremise d’images très « arty » (le film faisant plus penser au travail d’un vidéaste qu’à une fiction), le réalisateur propose un univers clos sur lui-même, auquel le public peine à adhérer. L’éloge du silence est un art difficile. Souligner le bouillonnement émotionnel d’un être sans caractériser a minima sa psychologie se révèle un écueil majeur. Objet formel arythmique et trop esquissé pour convaincre, La Fin du silence ennuie finalement plus qu’il ne fascine.

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