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La Ligne blanche

La Ligne blanche

de Olivier Torres

  • La Ligne blanche

  • France2009
  • Réalisation : Olivier Torres
  • Scénario : Olivier Torres, Laetitia Trapet, Antoine Lacomblez
  • Image : Caroline Champetier
  • Décors : Ambroise Cheneau
  • Costumes : Sonia Bosc
  • Son : Olivier Levacon
  • Montage : Marie Da Costa
  • Musique : Elliott Murphy, Olivier Durand
  • Producteur(s) : Mani Mortazavi, David Mathieu-Mahias, Yorick Le Saux
  • Interprétation : Pascal Bongard (Jean), Julien Bouanich (Sylvain), Elliott Murphy (Bob), Arly Jover (Alice), Judith Davis (Sonia), Jérôme Kircher (André), Marie Bunel (Sophie), Joana Preiss (Anna), Audrey Bonnet (Sandra), Françoise Viallon-Murphy (Audrey)...
  • Distributeur : NiZ !
  • Date de sortie : 31 août 2011
  • Durée : 1h20

La Ligne blanche

de Olivier Torres

Entre cour et jardin


Entre cour et jardin

La Ligne blanche est un premier long-métrage malade, bourré de défauts et de qualités. En lui s’affrontent deux films contradictoires : d’une part, l’éternelle petite fiction filiale du cinéma français et, d’autre part, un documentaire sur le paradoxe du comédien.

Il paraît qu’Olivier Torres, avant de « passer au long », était un talentueux auteur de courts-métrages multiprimés. Avouons que nous n’en savions rien et prenons cette Ligne blanche comme elle se présente, c’est-à-dire : comme une énième fiction française, cette sempiternelle lessive de linge sale en famille. Il faut dire que le récit, sous ses allures de psycho-contentieux, nous y invite. C’est, grosso modo, l’histoire d’un fameux noceur qui, à la mort de son père, découvre qu’il a un fils et que tout les oppose. On vous épargne l’immanquable cortège de comptes à régler, de refoulement et d’éducation-malgré-tout, inclus dans le menu « relation père-fils ». Ceci dit, si, à terme, ce premier film n’échappe pas à son lourd programme, ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Torres, tenté par les voies de traverse, prise la plus prometteuse des poudres d’escampette.

Cette poudre a un nom : le genre. Jean, en père improvisé, conduit son fils dans un ranch provençal, tenu par un certain Bob (Dylan ?), Américain décrépit éleveur de canassons. Virées à cheval, bagarre dans la rivière, chanson au coin du feu s’en suivent sous le soleil du midi ou au son des grillons. Le film, commencé sous les auspices d’un bleuâtre psychodrame parisien, atterrit du côté du road-movie, puis du western. Cette façon de prendre la tangente préside à toute la construction du film. Chaque scène se fonde sur un élan dévié, dont la force est freinée pour déboucher sur autre chose. À ce petit jeu, le style de Torres est indéniable et frappe dès les premières images. Le film, tourné en DV, s’ouvre sous le mode proto-documentaire de la captation. On y voit Jean répéter, puis jouer une pièce dont il tient le rôle principal. Car Jean, artiste jouisseur, ivre de femmes et de théâtre, exerce le métier de comédien, et c’est peut-être là que réside le véritable, le seul sujet du film. Enfin, le seul qui intéresse le cinéaste, lui-même ex-comédien.

Non, il n’est pas impossible que sous cette relation père-fils à laquelle personne ne croit, pas même Torres, se cache un autre film. Un documentaire sur le paradoxe du comédien, mais vécu de l’intérieur. Jean ne trouve pas seulement un fils en son fils – ce serait trop simple – mais un regard vierge, un nouveau public à conquérir, plus exigeant, voire hostile, et qui vient le voir galérer dans son rôle de père. Rôle auquel Jean, en bon professionnel, accepte d’endosser sans jamais y croire, finissant par incarner un meilleur père qu’il n’aurait pu, qu’il ne pourra jamais être. L’image numérique basse définition, bruitée, hantée et signée Caroline Champetier, appose un voile sur le monde qui flotte autour de Jean : les contours s’estompent, les objets se fondent, les limites disparaissent. Cette porosité réinvestit plastiquement la célèbre formule énoncée par Anna Magnani dans Le Carrosse d’or de Jean Renoir, où La Ligne blanche puise tout son sens : « Où finit le théâtre ? Où commence la vie ? » Torres décrit cette confusion comme une soif, une avidité, un instinct qui mène le personnage par le bout du nez.

Mais le film peine à tendre un arc entre son économie et sa folie des grandeurs, entre le relief excessif de son personnage principal et la platitude de ceux qui l’entourent, entre son cadre riquiqui de fiction française et son appétit générique de grands espaces. Ce qui aurait pu être un grand film psychotique, comme le Notre-Dame des Turcs de Carmelo Bene, La Concentration de Philippe Garrel ou Inland Empire de David Lynch, où la notion de jeu en venait à contaminer l’ensemble du réel, se cache sous les oripeaux d’un petit naturalisme étriqué et se prive du décollement tant désiré. Au lieu d’une véritable échappée belle dans la subjectivité du comédien, on se retrouve avec une ode désagréable à l’entre-soi, où ne se transmet entre bonshommes qu’un très artificiel « sens de la vie ». On attend la suite.

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