Polar décalé, tourné intégralement en nocturne dans Paris, Blanche Nuit joue la carte du burlesque grand-guignolesque, suranné et « mélancophile ». Un grand méchant masqué tout droit échappé de la filmographie de Louis Feuillade fait lanterner une brochette de flics inefficaces qui se lance, dépitée, à la poursuite d’un groupuscule d’artistes terroristes. Ça fait beaucoup pour un seul film… Sans doute trop.
Pauvre Arthur. Devenu policier pour traquer son père démissionnaire, le fameux La Malice, il se retrouve le sous-fifre du commissaire Moulinette (l’excellent Pascal Demolon), un dandy has been et incompétent, sommé par ses supérieurs de clore enfin une affaire. Car cette brigade, composée de quatre membres, a fort à faire avec La Malice, ennemi public numéro 1 insaisissable et le groupe Poing Noir, des artistes décérébrés ultra-gauchistes qui sèment le trouble dans la capitale. Mais l’apparition de Blanche, chanteuse sexy et terroriste à ses heures perdues va offrir à Arthur la possibilité d’infiltrer le collectif.
Malgré un synopsis qui pourrait faire croire à un quelconque sérieux voire à une critique tant soit peu politique, Blanche Nuit évite scrupuleusement d’analyser le spectacle qu’il produit. En lieu et place, le film déroule un univers loufoque, référencé et non exempt d’un certain charme. La Malice survolant Paris de son rire sardonique rend hommage aux films noirs dans la droite ligne de Fantômas, Blanche vampe son monde à la manière d’une Gilda modernisée quant au choix d’un tournage exclusivement nocturne (les contraintes financières du projet), il accouche d’une ambiance singulière, lorgnant vers le polar américain des années 1950.
Alors que Blanche Nuit s’amuse gentiment avec les codes cinématographiques d’un autre siècle (un jeu délectable mais encore faut-il qu’il ne soit pas vain), la réalisation peine à mettre toutes ces références en bon ordre pour produire du sens. Car du sens, le métrage n’en propose guère, trop occupé à peindre (en pseudo-décalé) les mythes fondateurs du polar (les archétypes du flic, de la jolie fille et du méchant). Le scénario peu convaincant et bancal pousse rapidement le public à se désintéresser des protagonistes, le récit s’égare dans des rebondissements ridicules (un flic à l’Olympia) sans jamais parvenir à composer la partition nécessaire à l’évolution de ses personnages-types. Il ne faut pas plus compter sur les guest-stars Julie Ferrier et Bruno Salomone pour redresser la barre. Leurs apparitions, ineptes ou inutiles, soulignent l’indigence scénaristique du film, comme autant de vignettes décousues, potentiellement drôles en soi mais incapables de trouver leur place dans la désorganisation complète du récit. On imagine aisément comment Fabrice Sébille, cinéphile avoué, a dû jubiler en réalisant son premier film, dommage que ce plaisir ne soit pas communicatif.