© Ivan Mathie
Roulez jeunesse

Roulez jeunesse

de Julien Guetta

  • Roulez jeunesse

  • France2018
  • Réalisation : Julien Guetta
  • Scénario : Julien Guetta, Dominique Baumard
  • Image : Benjamin Roux
  • Décors : Marion Burger
  • Costumes : Marion Brillouet
  • Son : Mathieu Villien, Claire Cahu, Aymeric Dupas
  • Montage : Jean-Christophe Bouzy, Jean-François Élie
  • Musique : Thomas Krameyer
  • Producteur(s) : Toufik Ayadi, Christophe Barral, Édouard Weil
  • Production : SRAB Films, Rectangle Productions, France 2 Cinéma, 4 Mecs en Baskets Production
  • Interprétation : Éric Judor (Alex), Laure Calamy (Nelly), Brigitte Roüan (Antoinette), Ilan Debrabant (Kurt), Louise Labèque (Tina), Déborah Lukumuena (Lou)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 25 juillet 2018
  • Durée : 1h24

Roulez jeunesse

de Julien Guetta

L'idole des jeunes


L'idole des jeunes

Le premier long-métrage de Julien Guetta (scénariste de formation, il a notamment co-écrit Joueurs, sorti au début du mois) ne frappe pas par son originalité. Démarré comme une farce ronronnante, Roulez jeunesse effectue un virage à 180°, emporté par son esprit de sérieux, vers un mélodrame social très appuyé : Alex, la quarantaine, mène son train-train quotidien de dépanneur automobile dans l’entreprise de sa « môman », très heureux d’être ainsi dispensé des contrariétés réelles de la vie d’adulte, et en profite pour multiplier les conquêtes d’un soir. Manque de chance, l’une d’elle disparaît au petit matin et lui laisse sur les bras la garde de trois jeunes enfants. Le film s’enduit alors d’une couche de misérabilisme — mineurs livrés à eux-mêmes, pauvreté, mère toxicomane absente, tante infantilisée — qui n’est pas du meilleur goût tant elle semble repeindre artificiellement de sa gravité et de bonnes intentions un objet parfaitement nonchalant. Ce glissement vers le tragique pose problème, comme s’il venait condamner la comédie en tant que genre pas aussi noble que le drame pour représenter et raconter le réel. Ce constat est encore plus dommageable lorsqu’on envisage Roulez jeunesse dans sa globalité : la première partie présente beaucoup plus d’atouts que la seconde. Avant de s’enfoncer dans une sur-écriture (la question de la parentalité et de la responsabilité déclinée à tous les niveaux, de l’émancipation maternelle d’Alex à son nouveau rôle de père de substitution), Julien Guetta esquisse de jolis essais visuels. À commencer par le filtre enfantin qui s’applique sur l’image dans la première moitié : le gros camion jaune, les petites voitures qui s’amoncellent dans le garage, les t‑shirts colorés, le film est vu à travers les yeux d’un petit garçon.

Ce ton puéril initial sied bien à Éric Judor, seul véritable intérêt de Roulez jeunesse. Avant d’être beaucoup moins convaincant en acteur dramatique et de perdre en spontanéité, embourbé dans la préciosité générale, le trublion s’amuse en adulescent franc-tireur. La maturité humoristique de l’auteur de Platane ou Problemos, passé par le cinéma de Quentin Dupieux, se révèle ici, même dans un film mineur. On y retrouve toutes les caractéristiques qui construisent son rapport au comique : une mécanique du pire qui voit s’accumuler les déboires malgré ses efforts désordonnés pour rétablir la situation, sens inné de la réplique et de la gesticulation, jeu avec la malchance et air benêt. En lui collant deux gamins dans les pattes, Julien Guetta ne pouvait faire de plus beau terrain de jeu pour son acteur imperturbable de gaucherie. Mieux, Roulez jeunesse se prête à une ironie bien vue : quand Alex se retrouve face à un groupe de jeune adolescents avachis, débraillé, affublé d’un bébé, il passe immédiatement pour un ringard à leurs yeux. Le clin d’œil du personnage à l’acteur Judor est explicite : ex-idole des jeunes des années 2000, toujours apprécié par la génération qui a grandi avec lui mais dépassé par la nouvelle — en témoignent les faibles scores en salle de La Tour 2 contrôle infernale. Roulez jeunesse aurait sans doute gagné en qualité à s’efforcer de rester jusqu’au bout sur la ligne comique « judorienne », tout en mufleries absurdes et effets de culbuto.

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