Rencontres
  • Rencontres

  • France2014
  • Réalisation : Maroussia Dubreuil, Alexandre Zeff
  • Son : Martin Lanot
  • Montage : Francine Lemaître
  • Musique : « Retro Waltz » de Paul Bonneau et Paul Aliprandi, arrangée par François Liétout
  • Producteur(s) : Alexandre Zeff, Sébastien Hussenot
  • Production : Make It Films, La Luna Productions
  • Distributeur : JML Productions
  • Date de sortie : 16 avril 2014
  • Durée : 1h15

Chemin vers l'autre ou repli sur soi ?


Chemin vers l'autre ou repli sur soi ?

Avec son titre au premier degré, Rencontres vise la réalisation d’un fantasme de documentaire ascétique, où le seul choix d’un point de vue fixe, limpide et non intrusif suffirait à embrasser en toute honnêteté tout un pan de vérité humaine. La caméra de Maroussia Dubreuil (qu’on a connue comme actrice des Anges exterminateurs de Jean-Claude Brisseau) et Alexandre Zeff s’est installée à côté de plusieurs tables de terrasses de cafés parisiens, pour y capter, en observateur silencieux, des premiers rendez-vous amoureux, homme et femme face à face.

Montant en alternance la diversité des âges et des apparences physiques, les histoires que chacun raconte de soi, les assurances, les techniques d’approche, les équilibres de force, les flots de paroles et les silences, Rencontres met en évidence la drague sous un de ses aspects les plus triviaux et les plus significatifs à la fois : celui d’une lutte de domination. Celle-ci s’avère essentiellement intellectuelle, plus ou moins voilée mais bien réelle, où chacun se vend avec des bonheurs divers, souvent pour impressionner l’autre et rarement sans trahir une posture bien égocentrique — cela peut être plus flagrant chez les hommes, mais au fond nul n’y échappe. À l’arrivée, pour la plupart de ces rencontres, rien n’est moins sûr qu’elles aient un lendemain ; mais le film est moins là pour dénicher des sentiments naissants (même s’il lui arrive de jouer sur l’incertitude, avec les sorties des personnages ensemble hors de son cadre) que pour déceler ce que l’approche elle-même révèle des individus. Il nous donne à sourire complaisamment aux échanges des plus modestes, à grincer des dents devant les plus lourds (comme cet homme aux lunettes noires qui s’obstine à draguer en français et avec condescendance une Anglaise peu familière de la langue), à affronter le spectacle d’une banalité qu’on peut qualifier d’agaçante, quand elle est au fond déstabilisante, un reflet des faiblesses et bassesses qui nous guettent quand nous courons après notre désir.

Distance

Ainsi Dubreuil et Zeff misent-ils essentiellement sur la justesse de leur observation, confiants dans la solidité de leur modeste dispositif d’enregistrement et dans leurs choix de montage pour composer un kaléidoscope de réel. Accorder plus d’importance à l’honnêteté de l’observation du monde qu’à la posture du cinéaste est évidemment tout à fait louable, d’autant plus qu’elle est ici plutôt payante. On peut tout de même regretter que cette projection de l’intérêt sur ce qui se passe à l’écran se fasse au détriment d’autres dimensions de l’expression cinématographique, comme la distance de la caméra ou la composition du cadre. Il arrive alors qu’on se félicite de quelque « accident » venant troubler la posture de neutralité et de distance de l’observateur. Dans une des dernières séquences, l’homme — visiblement trop troublé pour regarder son interlocutrice dans les yeux — détourne le regard vers le seul côté où sa vision peut s’évader : celui de la caméra. Quand la femme le remarque et lui demande ce qu’il regarde, il feint l’indifférence, mais pour nous, le doute subsiste : regardait-il sciemment l’objectif — comme pour le prendre à témoin de son désarroi — ou seulement « par hasard » dans la même direction ? En tout cas, la possible implication de la caméra dans la part humaine qu’il met en images, la confortation de l’idée que la neutralité absolue du filmeur serait intenable puisqu’il influe bon gré mal gré sur ce qu’il filme, a quelque chose de réjouissant, ajoutant une dimension supplémentaire au drame jusqu’ici obtenu des autres à distance.

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