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Palerme

Palerme

de Emma Dante

  • Palerme
  • (Via Castellana Bandiera)

  • France, Italie, Suisse2013
  • Réalisation : Emma Dante
  • Scénario : Emma Dante, Giorgio Vasta, Licia Eminenti
  • d'après : le roman Via Castellana Bandiera
  • de : Emma Dante
  • Image : Gherardo Gossi
  • Décors : Emita Freigato
  • Costumes : Italia Carroccio
  • Son : Paolo Benvenuti, Simone Paolo Olivero
  • Montage : Benni Atria
  • Producteur(s) : Marta Donzelli, Gregorio Paonessa, Mario Gianani, Lorenzo Mieli, Elda Guidinetti, Andres Pfäffli, Marianne Slot
  • Production : Vivo Film, Wildside, Ventura Film, Slot Machine, Rai Cinema
  • Interprétation : Emma Dante, Alba Rohrwacher, Elena Cotta, Renato Malfatti, Dario Casarola...
  • Distributeur : Jour2Fête
  • Date de sortie : 2 juillet 2014
  • Durée : 1h34

Palerme

de Emma Dante

Duel au soleil


Duel au soleil

Connue pour ses mises en scène de théâtre, Emma Dante a choisi pour son premier film d’adapter son propre roman publié en 2008, Via Castellana Bandiera. Dans cette ruelle étroite de Palerme, deux femmes s’affrontent obstinément au volant de leur voiture. Rosa, partie de Rome avec sa compagne pour célébrer le mariage d’une amie, se retrouve bloquée au milieu de la chaussée face à Samira, la grand-mère d’une famille sicilienne aux mœurs rugueuses. Chacune refusant de céder le passage à l’autre, les deux conductrices finissent par engager un bras de fer absurde, sous le regard attentif des voisins. Avec cette trame minimaliste, Emma Dante vise clairement la métaphore : la Via Castellana Bandiera figure une société en crise, transformée en impasse, où les habitants préfèrent s’observer en chiens de faïence plutôt qu’ouvrir les yeux pour se libérer de leur conditionnement.

La parabole a longtemps fait les beaux jours du cinéma italien : il suffit par exemple de songer au Grand Embouteillage de Luigi Comencini, qui sondait avec un pessimisme aigu la fin des utopies des années 1970 et l’entrée dans un capitalisme de masse. Emma Dante reprend certains traits de la satire (outrance des situations et cruauté des personnages) mais peine à s’affranchir de son discours pour atteindre une véritable poésie. La faute notamment à une réalisation très appuyée, croulant sous les intentions. Entre le réalisme et la mythologie, le film repose sur un équilibre fragile : pour donner souffle et ampleur à son histoire, Emma Dante convoque à la fois le western et la tragédie antique, charge son décor d’une forte symbolique, chaleur et poussière créant une atmosphère irrespirable. Mais cette noble ambition donne lieu à des effets patauds (mouvements opératiques, gros plans à la Sergio Leone…). De même, alors que l’argument original brillait par sa radicalité et son dépouillement, la réalisatrice multiplie les décrochages, sa caméra glissant d’un point de vue à l’autre, tantôt embarquée dans l’habitacle des véhicules, tantôt à l’intérieur des maisons adjacentes.

Les enjeux du récit sont rendus très lisibles par un scénario abusant des ficelles et des stéréotypes, comme pour mieux souligner les antagonismes en présence : deux femmes venues de la capitale face à une communauté provinciale, un couple lesbien face à un modèle patriarcal… Rosa et son amante parlent abondamment tandis que la vieille Samira reste muette, et si les premières développent un goût certain pour l’art et la culture (l’une travaille comme illustratrice), le clan des Siciliens est quant à lui montré comme une meute en proie aux bas instincts (violence, frime, paris, commérage…). Les personnages eux-mêmes sont dessinés sans grande finesse, et leurs motivations trouvent leur source dans une psychologie sommaire (le spectre d’une possible rupture amoureuse, le fantôme d’une fille prématurément décédée). Embarrassé par son écriture appliquée, Palerme donne souvent l’impression, à l’image de ses protagonistes, de rechercher le passage en force, et n’atteint finalement la grâce que dans son dernier plan, lorsqu’enfin libérée de ses dialogues, de ses cris et de son agitation, la Via Castellana Bandiera apparaît soudainement à l’écran dans toute sa majesté naturelle, rendue au soleil et aux pépiements d’oiseaux.

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