Calvary
  • Calvary

  • Irlande2014
  • Réalisation : John Michael McDonagh
  • Scénario : John Michael McDonagh
  • Image : Larry Smith
  • Décors : Mark Geraghty
  • Costumes : Eimer Ní Mhaoldomhnaigh
  • Montage : Chris Gill
  • Musique : Patrick Cassidy
  • Producteur(s) : Chris Clark, Flora Fernández Marengo, James Flynn
  • Production : Reprisal Films, Octagon Films
  • Interprétation : Brendan Gleeson (le père James), Chris O'Dowd (Jack Brennan), Kelly Reilly (Fiona), Aidan Gillen (Dr Frank Harte), Dylan Moran (Michael Fitzgerald), Isaach de Bankolé (Simon), M. Emmet Walsh (l'écrivain), Marie-Josée Croze (Teresa Robert), Domhnall Gleeson (Freddie Joyce), David Wilmot (le père Leary), Pat Shortt (Brendan Lynch), Gary Lydon (Insp. Stanton), Killian Scott (Milo Herlihy), Orla O'Rourke (Veronica Brennan), Owen Sharpe (Leo), David McSavage (l'évêque), Mícheál Óg Lane (Mícheál), Mark O'Halloran (l'officier de prison)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 26 novembre 2014
  • Durée : 1h45

Philosophes du dimanche


Philosophes du dimanche

Avant le calvaire, il y a le chemin de croix ; or celui du père James, le personnage central de Calvary, a tendance à tourner en rond. Dans l’intimité du confessionnal, un paroissien de la petite ville d’Irlande où exerce ce solide curé lui annonce son intention de l’assassiner dans sept jours (rien de personnel, juste un gros grief contre les prêtres). Sans en référer à la police, le père James passe la semaine qui suit à faire le tour de ses ouailles, tâchant de poursuivre son travail de guide spirituel en usant plus de son esprit affûté non dénué de cynisme que d’une autorité hypothétique, dans une communauté aussi diverse que peu encombrée par la dévotion. La succession de rencontres contribue dans un premier temps à affiner d’intéressants portraits individuels et communautaires (notamment celui de ce prêtre catholique pas si orthodoxe, ayant par exemple conçu une fille avant de prendre le col romain), mais vite tourne à la répétition du même mode de confrontation. Aux esquives, aux moqueries voire aux provocations d’un monde se défiant de Dieu ou du moins de ses ministres, répond la dignité parfois titubante mais toujours vaillante du prêtre, prêt à passer outre sa fragilité humaine mise à l’épreuve pour donner l’exemple des plus sincères vertus chrétiennes, jusqu’au martyre. Calvary lorgne ainsi vers un Journal d’un curé de campagne tourné en film noir ; or le scénariste et réalisateur John Michael McDonagh (L’Irlandais) n’est ni Bernanos ni Bresson, et son traitement de la foi et du doute n’est voué qu’au surplace se satisfaisant de ses bons mots cyniques en caressant à peine ce prétendu sujet. Même la dernière scène jetée après l’apparition du générique de fin, pourtant muette et vouée à faire culminer l’émotion tout en apposant une conclusion morale ouverte, se trouve si détachée de tout ce qu’on vient de voir qu’elle n’apparaît que comme une ultime pirouette au même point. Il en aura alors résulté un film à deux vitesses, ou presque : tandis que le scénario de film noir avançait vaguement (la menace se précise), les considérations métaphysiques esquissées n’ont jamais décollé.

L’auberge irlandaise

Les splendides décors naturels de la verte Irlande et le talent de Brendan Gleeson dans le rôle principal, filmés à l’envi, ne suffisent pas à dissiper un sentiment tenace, plus encore que celui laissé par L’Irlandais : celui d’un film pour rien, du moins rien d’autre que lui-même, traînant tout ce qu’il touche comme un accessoire prétexte pour faire acte de présence et d’originalité. Surtout, il apparaît que McDonagh exploite de nouveau le fond douteux qui sous-tendait son film précédent, et qui prend encore plus de place au regard de l’inconsistance du reste : une vision du monde sous l’angle de l’exotisme et par le prisme d’un semblant d’ouverture culturelle. S’il se rengorge de temps à autre de belles images d’immuables paysages irlandais, c’est pour mieux désigner, avec une ostentation suspecte, les éléments étrangers censés rendre cette communauté moins monolithique que le voudrait le cliché touristique : un écrivain américain retiré, un ressortissant ivoirien, une épouse de touriste français tué dans un accident de la route… Intention fallacieuse, car la démarche joue en réalité tout à fait la carte de l’attrait touristique, en exhibant les éléments les plus excentriques comme des curiosités. Et puis, chez McDonagh, on se plaît à parler régulièrement histoire et géographie, à faire montre d’une certaine culture générale sur l’étranger, comme s’il s’agissait que son film soit bien identifiable comme à la fois irlandais et ouvert sur le monde. De tout cas, il résulte avant tout un exercice de pose bien moins intéressant qu’il ne se l’imagine — mais assez encombrant pour polluer l’émotion que devrait susciter le destin de son attachant personnage principal.

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