Naguima

Naguima

de Zhanna Issabayeva

  • Naguima

  • Kazakhstan2014
  • Réalisation : Zhanna Issabayeva
  • Scénario : Zhanna Issabayeva
  • Image : Sayat Zhangazinov
  • Décors : Anton Bolkunov
  • Costumes : Madina Amirkhanova
  • Son : Adyl Merekenov
  • Montage : Azamat Altybasov
  • Producteur(s) : Zhanna Issabayeva, Erlan Bazhanov
  • Production : Sun Production
  • Interprétation : Dina Tukubaeva, Galina Pianova, Maria Nejentseva, Aidar Mukhametzhanov
  • Distributeur : Paname Distribution
  • Date de sortie : 26 novembre 2014
  • Durée : 1h17

Naguima

de Zhanna Issabayeva

Vallée de larmes


Vallée de larmes

Après le remarqué Leçons d’harmonie du jeune Emir Baigazin et L’Étudiant du chef de file Darezhan Omirbaev, un autre film kazakh parvient cette année sur les écrans français et dépeint à nouveau le pays sous un jour peu réjouissant. Récompensé au festival du cinéma asiatique de Deauville, Naguima décrit une société glacée, morne et sans horizon, à travers le destin misérable d’une orpheline de 18 ans à qui la vie n’a pas franchement souri. Travaillant en cuisine dans un petit restaurant, elle rentre tous les soirs dans un baraquement insalubre, auprès de deux amies déclassées – Ninka, une prostituée, et Anya, une Russe enceinte. Cette dernière, atteinte d’une maladie infectieuse, meurt en couches : Naguima se retrouve alors plus seule que jamais et cherche désespérément une issue à sa condition.

Nulle trace d’humour ou de légèreté dans ce monde asphyxié. Zhanna Issabayeva privilégie une mise en scène austère, où cadrage et durée imposent une chape de plomb sur le récit. Lumières blafardes, visages neurasthéniques : l’air ne circule guère entre les personnages, souvent isolés par le montage ou séparés à l’intérieur du plan. Les moments de chaleur tant désirés tournent rapidement au désastre (la mère rejetant une seconde fois sa fille) ou à l’illusion (Naguima glane un faux réconfort dans les bras de l’épicier, à qui elle soutire un « Je t’aime » mensonger). Les mots sont rares, directs, et la cruauté s’exprime sans détour. Aucune place ici pour le sentimentalisme, comme semble le suggérer une scène où les colocataires regardent d’un œil vitreux un talk-show coloré et psychologisant à la télévision.

Chemin de croix

Cette sécheresse vaut certes mieux que la niaiserie débitée à longueur de mélodrames. Elle peut néanmoins provoquer une sensation d’engourdissement, tant le chemin de croix de Naguima apparaît rectiligne, privé de la moindre étincelle. De la bande-son oppressante à la photographie soignée, de la direction d’acteurs uniforme aux décors tristes de la banlieue d’Almaty, rien ne vient faire contrepoint au calvaire éprouvant de l’héroïne. Et quand la réalisatrice veut casser son programme rigoureux par une pointe de lyrisme, elle se prend les pieds dans le tapis d’effets malvenus – ponctuations musicales, soleils rasants ou mouvements de caméra grandiloquents. Malgré une démarche appliquée, il manque ici une véritable tension, une énergie supplémentaire pour faire basculer le drame hors de ses gonds, et tirer à l’arrivée le film hors de sa torpeur et de son accablement.

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