1001 grammes

1001 grammes

de Bent Hamer

  • 1001 grammes
  • (1001 Gram)

  • Norvège, France2014
  • Réalisation : Bent Hamer
  • Scénario : Bent Hamer
  • Image : John Christian Rosenlund
  • Costumes : Olivier Ligen, Anne Pedersen
  • Son : Ad Stoop, Jörg Kidrowski, Erwan Kerzanet
  • Montage : Anders Refn
  • Musique : John Erik Kaada
  • Producteur(s) : Bent Hamer
  • Production : Bulbul Films
  • Interprétation : Ane Dahl Torp (Marie), Laurent Stocker (Pi), Hildegun Riise (Wenche), Per Christian Ellefsen (Moberg), Stein Winge (Ernst), Didier Flamand (Gérard), Dinara Droukarova (l'agent des douanes), Peter Hudson (Professeur Winkler)
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 11 mars 2015
  • Durée : 1h30

1001 grammes

de Bent Hamer

Ligne de fuite


Ligne de fuite

Scientifique norvégienne, Marie est comme entièrement définie par ce double qualificatif. Logiquement méthodique, la jeune femme vit dans une maison froide et totalement aseptisée aux allures de laboratoire où, en dépit d’une rupture amoureuse qui laisse littéralement vide la moitié du lit, tout reste en ordre et parfaitement à sa place. Pas vraiment du genre à céder aux débordements affectifs, Marie semble entretenir une relation de politesse avec toutes les personnes qui l’entourent, un peu absente d’elle-même, pas vraiment encline à occuper le centre du plan pour faire valoir ses désirs et ses volontés. Sauf que la mort redoutée du père respecté, un scientifique mondialement reconnu, va créer un véritable séisme intérieur. Alors chargée de participer à une conférence scientifique se déroulant à Paris, la jeune femme va vivre l’expérience de l’extériorisation aux côtés d’un Français.

Lignes contraires

Entre les deux villes qui servent de décors au film, Bent Hamer a clairement choisi le parti d’opposer les lignes pour en faire deux environnements totalement différents : en Norvège où le quotidien de Marie ressemble inlassablement à un protocole scientifique, la verticalité prime dans la majeure partie des plans. Des fenêtres aux portes en passant par les routes rectilignes et les immeubles aux formes cubiques, l’aménagement des espaces trahit une obsession de la maîtrise dont l’humain doit s’accommoder. Comme si le soin apporté à insister sur les formes géométriques du décor ne suffisait pas pour symboliser la relative léthargie ambiante, le réalisateur n’hésite pas non plus à étirer ses plans pour en casser volontairement le rythme, vidant progressivement les scènes de leur substance. À l’inverse, Paris, avec ses ruelles sinueuses, ses parcs et ses vues dégagées offrent des perspectives plus inattendues, et devient ainsi le négatif d’un morne quotidien norvégien. La mise en opposition pourrait sembler un peu schématique si elle ne devenait pas le prétexte à une rencontre permettant à Marie de se redéfinir en tant que personnage acceptant le lâcher prise.

De la subjectivité

Le sujet du colloque scientifique auquel doit participer Marie revêt lui aussi une force symbolique : donner au kilo une valeur universellement reconnue par la communauté internationale induit de mettre un terme à toutes les interprétations possibles pour lui donner une valeur strictement objective. Cette quête utopique d’une vérité universelle (et qui trouvera son lot d’embûches) entre bien évidemment en conflit avec le deuil de la jeune femme, pris dans les sables mouvants de ses émotions. Sa rencontre avec Pi (Laurent Stocker), lui-même ancien scientifique reconverti dans le jardinage, l’amène justement sur le terrain de l’acceptation des nuances et du dérèglement. Si la dimension symbolique de cette prise de conscience est parfois un brin démonstrative, c’est dans cet effritement de ces certitudes bancales que 1001 grammes trouve son cœur battant. Il manque peut-être au film cet abandon auquel Marie souscrit pour s’incarner au-delà de l’exercice de style mais l’effort reste appréciable.

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