On est vivants

On est vivants

de Carmen Castillo

  • On est vivants

  • France, Belgique2014
  • Réalisation : Carmen Castillo
  • Image : Ned Burgess
  • Son : Jean-Jacques Quinet
  • Montage : Eva Feigeles-Aimé
  • Musique : Jacques Davidovici
  • Producteur(s) : Serge Lalou, Isabelle Truc
  • Production : Les Films d'Ici, Iota Production
  • Distributeur : Happiness Distribution
  • Date de sortie : 29 avril 2015
  • Durée : 1h43

On est vivants

de Carmen Castillo

De l'engagement


De l'engagement

Depuis qu’elle s’est exilée du Chili à la suite du coup d’État orchestré par Augusto Pinochet, Carmen Castillo, figure devenue incontournable du Mouvement de la gauche révolutionnaire, est toujours restée très impliquée dans le militantisme politique d’extrême-gauche. Mais que ce soit au travers de ses livres ou de ses films (l’un de ses précédents longs-métrages, Santa Fe, avait bénéficié d’une sortie en salles), la réalisatrice a toujours cherché à lier le politique à l’intime, faisant émerger au sein de l’action collective des visages singuliers, teintant d’une certaine mélancolie ses questionnements réflexifs. Sur le film On est vivants, au titre en forme d’acte de résistance aussi enthousiaste que désenchanté, plane l’ombre de Daniel Bensaïd, théoricien trotskiste duquel se sont inspirés les partis politiques de la Ligue communiste révolutionnaire et du Nouveau Parti anticapitaliste. Largement évoqué tout au long du documentaire (que ce soit par ses écrits, sa pensée ou ses interventions télévisées), l’homme disparu en 2010 semble cristalliser la crainte d’une débâcle morale face aux combats qu’il convient toujours de mener. Emprunt d’une certaine nostalgie dans sa manière d’évoquer sa conception de la justice, On est vivants rend compte du découragement dont certains militants peuvent parfois faire preuve face à la complexité des enjeux sociétaux.

Les racines

Comme une réponse instinctive à cette dérive mélancolique, la réalisatrice oppose aux doutes des militants français les petites et grandes révolutions politiques et sociales se déroulant en Amérique du Sud. Probablement parce qu’elle est elle-même originaire du continent, Carmen Castillo semble avoir voulu retrouver là-bas les fondamentaux de ce qui constitue son engagement. Du Mexique, et ses communautés zapatistes, au Brésil, où certains groupes expérimentent l’éco-socialisme, en passant par la Bolivie, qui a élu à sa tête l’ancien dirigeant syndical Evo Morales, On est vivants donnent parfois le sentiment, quitte à se disperser quelque peu, de vouloir trouver à tout prix les preuves tangibles d’une poursuite nécessaire du combat. Mais la réalisatrice évite les écueils d’un militantisme binaire en s’abstenant de commenter ou d’ériger en modèle indiscutable une action plutôt qu’une autre. Avec une certaine réserve et un recul bienvenus, la caméra entend surtout enregistrer ce crépitement humain où l’espoir et la conviction restent les maîtres-mots. Ce qui fait le sel de ce documentaire, c’est l’attention particulière portée aux individus (qui existent dans ce qui les singularise) plutôt qu’aux idées devant faire autorité sur les croyances individuelles.

En attendant la révolution française

La prise de parole (des théoriciens, des militants, des anonymes) étant au centre du dispositif, le film enfonce parfois quelques portes ouvertes, notamment lorsqu’un militant marseillais questionne cette violence sociale invisible qui serait à la source des émeutes survenues dans les banlieues en octobre 2005. Néanmoins, les nombreuses rencontres qui jalonnent le documentaire permettent à la réalisatrice de faire passer le message suivant : l’engagement politique n’est pas inné mais n’est que le résultat d’une prise de conscience face aux injustices commises par la société. Ce qui intéresse par exemple n’est pas tant les circonstances qui pourraient expliquer la très violente évacuation d’un squat à La Courneuve en 2010 que l’acte d’un citoyen auparavant dépolitisé de vouloir s’emparer d’une caméra pour rendre compte de l’horreur dont il a été témoin. En cela, Carmen Castillo a l’intelligence de remettre constamment l’humain au centre d’un système auquel il appartient et de fustiger une indifférence qui constituerait alors pour elle la plus grande des défaites. Comme le dit très justement un jeune militant des quartiers difficiles de Marseille, le bonheur n’a de sens et de valeur que s’il est partagé avec les autres. Sans jamais nous faire la leçon, On est vivants redonne donc aux mots compassion et solidarité tout leur sens.

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