Une mère

Une mère

de Christine Carrière

  • Une mère

  • France2014
  • Réalisation : Christine Carrière
  • Scénario : Christine Carrière
  • Image : Jeanne Lapoirie
  • Décors : Julia Lemaire
  • Costumes : Jacqueline Bouchard
  • Montage : Martine Barraqué
  • Musique : Éric Neveux
  • Producteur(s) : Nicolas Blanc
  • Production : Agat Films & Cie
  • Interprétation : Mathilde Seigner (Marie), Kacey Mottet Klein (Guillaume), Pierfrancesco Favino (Pierre), Salomé Dewaels (Suzanne), Fiona Hernout (Lorianne), Jenny Clève (La Grand-mère), Catherine Salée (Martine)
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 24 juin 2015
  • Durée : 1h40

Une mère

de Christine Carrière

Faites des enfants


Faites des enfants

Huit ans après la sortie de l’estimable Darling (on se souvient même de l’enthousiasme plutôt justifié de Claude Chabrol pour le film), Christine Carrière nous revient avec un sujet dans l’air du temps : le rapport conflictuel entre un adolescent hyperactif et délinquant et sa mère dépassée au point de se demander si elle n’aurait pas mieux fait de ne jamais avoir d’enfant. Un mois seulement après la sortie du bancal La Tête haute, la comparaison est évidemment tentante, surtout que pour suppléer à Rod Paradot (la vraie révélation du film d’Emmanuelle Bercot), Christine Carrière s’est adjugé les services du non moins talentueux Kacey Mottet Klein, déjà repéré dans le rôle turbulent de L’Enfant d’en haut. Ne poursuivons néanmoins pas plus loin la comparaison car si les deux réalisatrices ont choisi de prendre pour décor le nord gris et brumeux de la France et d’inscrire ces deux trajectoires dans un cadre social surdéterminé, le film d’Emmanuelle Bercot s’offrait quelques échappées, notamment grâce à des rôles secondaires (la juge pour enfant, l’éducateur) qui permettaient de sortir du piège du manichéisme et de donner une relative profondeur psychologique aux personnages. Christine Carrière, quant à elle, préfère s’en tenir exclusivement au conflit asphyxiant qui oppose le fils à sa mère (ou l’inverse), au risque de vider progressivement le film de sa substance.

Cachez ce carrelage que je ne saurais voir

Dès les premiers plans du film, on voit l’effort de la mise en scène à dessiner un arrière-plan social crédible pour ancrer ce désamour maternel dans une réalité quotidienne : un plan d’ouverture sur le visage fatigué de Mathilde Seigner regardant par la vitre du bus la ramenant vers sa maison, un sac de courses qui trahit la modestie du foyer, un carrelage de cuisine tellement laid qu’il n’offre même pas la moindre perspective de répit après une journée de travail harassante, etc. Rien ne semble donc pouvoir égayer le quotidien de cette pauvre mère prise au piège de ses responsabilités, si ce ne sont les timides respirations que lui offre son amie et collègue de travail en lui demandant d’être présente pour organiser un spectacle de danse pour enfants dépourvu du moindre intérêt. Cette manière qu’a Christine Carrière de refuser presque systématiquement le beau à son personnage principal atteint un tel niveau de complaisance qu’on en vient sérieusement à regretter les outrances de Darling qui avait au moins le bon goût de ne pas se vautrer dans ce naturalisme masochiste servi par une mise en scène totalement atone et un montage inexistant. Clou du spectacle, l’adolescent qui fait office de fils à cette pauvre mère célibataire est un psychotique idiot et impulsif sur lequel les médicaments n’ont aucun effet.

Le fantasme de la mort

Face à un tel carnage, on comprend que l’héroïne puisse avoir envie de voir son enfant disparaître définitivement. Il faut dire que le scénario ne lui laisse aucune chance, égrainant les pires clichés sur une jeunesse irresponsable et soûlée de sa propre bêtise. En dépit de ce regard dépourvu de tendresse et de bienveillance, le film s’aventure un court instant sur une piste plutôt intéressante en donnant corps au fantasme de la mère d’abandonner son fils. Mais plutôt que d’explorer les ambiguïtés inhérentes à la maternité (on se souvient par exemple de l’étrangeté de La Comédie de l’innocence de Raoul Ruiz sur la démission maternelle), Christine Carrière se limite à nous rendre complice d’une indignité bêtement assumée qui verse dans le douteux mélange des genres (doit-on en rire ?). Le paroxysme de la gêne est atteint lorsque l’adolescent démuni se fait tabasser par un vigile sur un parking de supermarché devant les clients indifférents, pour ensuite se réfugier chez sa grand-mère qui, voyant son état déplorable, n’a rien de mieux à faire que de le questionner sur sa vie sentimentale. Symptomatique d’un film totalement déconnecté de ses enjeux et de son public, Une mère synthétise probablement ce que le cinéma français a de pire à nous offrir actuellement.

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