La Volante
  • La Volante

  • France2014
  • Réalisation : Christophe Ali, Nicolas Bonilauri
  • Scénario : Christophe Ali, Philippe Blasband, Nicolas Bonilauri, Jacques Sotty
  • Image : Nicolas Massart
  • Décors : Paul Rouschop
  • Costumes : Nathalie Deceuninck, Aliette Vliers
  • Son : Philippe Köhn
  • Montage : Ewin Ryckaert
  • Musique : Jérome Lemonnier
  • Producteur(s) : Tom Dercourt
  • Production : Artémis Productions, Cinema Defacto, Tarantula
  • Interprétation : Nathalie Baye (Marie-France), Malik Zidi (Thomas), Johan Leysen, Sabrina Seyvecou, Jean Stan Du Pac
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 2 septembre 2015
  • Durée : 1h30

Mère vengeresse


Mère vengeresse

Alors qu’elle approche sereinement de la retraite, Marie-France (Nathalie Baye) se présente dans une entreprise pour décrocher un poste de secrétaire remplaçante. Le recruteur s’étonne lui-même que, compte tenu de ses compétences et de son expérience, la femme en question ne cherche pas un poste moins précaire. C’est que la candidate en question a des raisons très personnelles d’être placée sous la responsabilité d’un certain Thomas (Malik Zidi), un trentenaire un peu trop anxieux pour ne pas trahir une lourde et vieille culpabilité. Le récit assez lourd ne fera aucun mystère des raisons qui amèneront ces deux personnages à se retrouver quelques années après s’être croisés furtivement dans les couloirs d’un hôpital : dix ans plus tôt, alors qu’il transportait en voiture et sous une pluie battante sa femme sur le point d’accoucher, Thomas a mortellement percuté le fils unique de Marie-France. Jamais remise de cette perte, la mère endeuillée semble s’être fixée pour objectif d’obtenir réparation d’une manière ou d’une autre. Alors que depuis l’accident, le jeune homme s’est séparé de sa femme et tente d’élever tant bien que mal son fils, Marie-France va progressivement s’imposer à lui comme quelqu’un d’indispensable, prête à rendre service en toutes circonstances. Et pour continuellement relancer la machine à rebondissements, c’est ensuite auprès de son propre fils puis de son père que la secrétaire va endosser tous les rôles au point de devenir l’élément central de la famille, au grand désarroi de l’ex-femme de Thomas, suspicieuse à juste titre et ne voyant pas d’un mauvais œil l’emprise que Marie-France tente d’avoir sur l’enfant.

Les mauvaises intentions

Ce qui peut intriguer dans un premier temps tient paradoxalement du fait qu’on ne comprend pas bien où Marie-France veut en venir, laissant plutôt ouvert le champ des possibles. Excessivement douce et bienveillante, dans la parfaite maîtrise d’elle-même, elle tisse avec une patience incroyable sa toile autour de la famille de Thomas. Avec un soupçon de voyeurisme à peine embarrassé, la secrétaire pénètre ainsi l’intimité de son patron (qu’elle finit par qualifier de « collaborateur ») et espionne ses faits et gestes depuis l’appartement qu’elle occupe de l’autre côté de la rue. On voit d’ailleurs avec quelle application Christophe Ali et Nicolas Bonilauri, les réalisateurs du précédent Camping sauvage, ont investi les décors pour traduire le malaise grandissant et la menace à venir : l’abondance des lignes verticales des bureaux et les parois de verre qui privent de toute intimité sont autant de lignes de fuite en trompe‑l’œil et autant d’indices sur l’issue fatale de cette histoire. Car si on ne devine que progressivement les intentions de Marie-France, il ne fait aucun doute dès les premières minutes du métrage que la rigidité calculée dont elle fait preuve se retournera contre elle. À trop forcer le trait dans cette peinture plutôt éthérée d’un microcosme familial où la notion d’affect est relativement absente, on se doute que, par effet de contraste, la relative retenue finira par laisser place à une incontrôlable effusion et que toute cette mascarade s’achèvera dans un joli carnage. Et c’est probablement lorsqu’on comprend l’objectif que se sont fixés les réalisateurs (et non plus celui que poursuit Marie-France) que La Volante trahit une fragilité peu aimable, ne prenant pas même le risque de faire corps avec son personnage principal dont la folie trouve sa racine dans une inconsolable blessure.

Kermesse d’école

Le dernier tiers du film ne craint absolument pas le ridicule, donnant des airs de comédie involontaire à ce thriller psychologique malhabile. Même si on pouvait se douter de la tournure dramatique et caricaturale qu’allait prendre le film après l’agression d’une jeune femme par une Nathalie Baye survoltée dans les toilettes d’un restaurant, il est difficile de comprendre comment les réalisateurs n’ont pas anticipé la voie dangereuse sur laquelle ils s’engageaient en laissant totalement libre cours aux plans délirants mais finalement très stéréotypés de Marie-France. Si la crédibilité n’est pas nécessairement un critère qui doit préoccuper, force est de constater que La Volante vire carrément au grotesque involontaire et au grand-guignol dès lors que la secrétaire décide d’éliminer tous les obstacles qui l’empêcheraient de s’approprier le fils de Thomas. Et le métrage de s’achever sur cette conception des genres d’un autre temps : si les hommes sont bienveillants, crédules et manipulables, les femmes seraient dotées d’une effrayante part obscure qui, dans le meilleur des cas, les rend hyper intuitives (l’ex-femme de Thomas), au pire, en fait des ogresses hystériques prêtes à tout pour parvenir à leurs fins. Si on peut reconnaître aux réalisateurs Christophe Ali et Nicolas Bonilauri d’avoir pris le risque de s’être frotté au film de genre (à rebours du naturalisme si récurrent dans le cinéma français), force est de reconnaître que cet essai se borne à appliquer une recette mille fois éprouvée et que le résultat est un beau ratage en règle.

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