Prémonitions

Prémonitions

de Afonso Poyart

  • Prémonitions
  • (Solace)

  • USA2014
  • Réalisation : Afonso Poyart
  • Scénario : Ted Griffin, Sean Bailey
  • Image : Brendan Galvin
  • Décors : Brad Ricker
  • Costumes : Denise Wingate
  • Montage : Lucas Gonzaga
  • Musique : BT
  • Producteur(s) : Beau Flynn, Thomas Augsberger, Tripp Vinson, Matthias Emcke, Claudia Bluemhuber
  • Production : Flynn Picture Company, Eden Rock Media
  • Interprétation : Anthony Hopkins (John Clancy), Colin Farrell (Charles Ambrose), Jeffrey Dean Morgan (Joe Merriwether), Abbie Cornish (Katherine Cowles), Matt Gerald (agent Sloman), José Pablo Cantillo (agent Sawyer), Marley Shelton (Laura Merriwether), Xander Berkeley (M. Ellis)...
  • Distributeur : SND
  • Date de sortie : 9 septembre 2015
  • Durée : 1h41

Prémonitions

de Afonso Poyart

« Je vois des gens qui vont mourir »


« Je vois des gens qui vont mourir »

On ne s’étonne plus des bandes annonces de deux minutes dévoilant la majeure partie de la trame du film, tant elles sont désormais monnaie courante. Mais inscrire une des principales révélations scénaristiques d’un polar en lettres majuscules directement sur l’affiche constitue un grand pas en avant dans la pratique du prémâchage marketing. Peut-être est-ce pour faire diversion et masquer les véritables surprises de ce Prémonitions, contenues dans ce que l’on peut qualifier de final totalement catastrophique.

Ironie dramatique involontaire

John (Anthony Hopkins) est un médium dont la collaboration avec le FBI s’est arrêtée le jour de la mort de sa fille, atteinte d’une leucémie. Deux ans après cet incontournable trauma initial, il accepte de s’engager sur une dernière affaire : la traque d’un tueur en série particulièrement prévoyant (et pour cause). Dire que l’exposition de ce Prémonitions ne nous bouscule pas vraiment relève donc de l’évidence. Nous sommes en présence d’un bon vieux polar teinté de film noir dans le pur style des années 1990, dont les représentants les plus connus restent Seven et Le Silence des agneaux, mis au goût du jour par toutes sortes de gimmicks issus des séries policières qui leur ont succédé.

Le film se contente ainsi pendant plus d’une heure de dérouler un programme tout en automatismes. Les visions de John prennent l’apparence de flashs enrobés de sons à l’envers, révélant des détails qui trouveront leur sens dans une future séquence qui les remettra dans l’ordre. Nous passons d’un meurtre à un autre, d’un indice à un autre, sans vraiment nous attarder sur les tours et détours de l’enquête, puisque de toutes manières John « voit » tout simplement où aller. Notons d’ailleurs que ce qu’il voit ou ne voit pas reste le pré carré de scénaristes se souciant bien peu de la cohérence de l’ensemble. Notre médium pourra très clairement lire à distance le numéro d’immatriculation d’une voiture, mais en aucun cas connaître l’identité ou l’adresse de l’assassin, pour ne citer que cet exemple. Ce long et soporifique cheminement nous amènera ainsi à finalement découvrir ce que l’affiche nous avait déjà révélé, à savoir que le tueur peut lui aussi prévoir l’avenir.

La fin justifie les moyens

Ce n’est qu’après l’apparition tardive du tueur (Colin Farrell), que le film dévoile son véritable objet et sombre brutalement dans un mysticisme auquel on peine à croire. La véritable identité de l’assassin a réellement de quoi laisser pantois, il faut bien le reconnaître. Peut-être faut-il remonter à La Fin des temps et son duel entre Arnold Schwarzenegger et le diable lui-même pour retrouver une telle dérive scénaristique. Et le plus étonnant dans cette plongée décomplexée dans le Z, c’est que le film s’y révèle alors comme un plaidoyer en faveur du droit à l’euthanasie. La question n’y est pas abordée politiquement, il s’agit plutôt de démontrer que même un fervent catholique pourrait bien se laisser convaincre que la pratique n’est pas impie.

Cet improbable virage permet au moins au film de s’ouvrir à quelques tentatives de mise en scène amusantes. Le duel entre les deux médiums anticipant chacun les mouvements de l’autre autre offre quelques situations notables. Mais même les meilleures idées de ces improbables scènes se voient gâchées par la paresse qui préside à tout le film. Il y a vraiment de quoi s’interroger sur la trajectoire de ce projet, parti d’une volonté de défendre une thèse progressiste avec des arguments réactionnaires, pour aboutir à un tel échec artistique. Plus que celles du Seigneur, les voies de la production américaine sont décidément parfois totalement impénétrables.

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