Deux pièces, loyer modéré
John Magary a cherché à s’acquitter de ses contraintes de temps et de budget (25 jours de tournage pour un budget de 300 000 $) en faisant de The Mend un film domestique. L’appartement autour duquel gravite le film n’est autre, en réalité, que celui du réalisateur, repeint et adapté pour le tournage. La fiction le désigne comme le foyer où Alan y vit avec sa compagne et dans lequel ils préparent tous deux une fête avant de partir en voyage le lendemain. L’appartement va ainsi se remplir et se dépeupler au gré des péripéties et des états d’âmes, jusqu’à devenir le champ de bataille d’une rivalité fraternelle visiblement mal canalisée dans l’enfance. Car si Alan mène une vie accomplie (quoiqu’insatisfaite) de trentenaire new-yorkais en col blanc, son frère Mat, lui, a tout du marginal égocentrique… et surtout SDF depuis qu’il a été mis dehors par son amie. L’opposition des caractères va laisser place à une bagarre absolument régressive qui aura pour dommage collatéral le saccage dudit appartement. Alors qu’Alan s’acharne à être aussi droit que ses chemises amidonnées, son frère apparaît comme un coléoptère alcoolisé qui se traîne jusqu’à son canapé, avec l’intention d’y rester vissé le plus longtemps possible. La bonne idée du film, qui ne sera pourtant pas tout à fait exploitée jusqu’au bout, est de faire prendre à cette relation un mouvement d’infantilisation, et de progressivement faire agir ces corps d’adultes comme le feraient des enfants. Dans le deux-pièces exigu, les hommes se dépouillent de leurs caractéristiques sociales à mesure que l’opposition de caractère vire à l’affrontement physique, pour en revenir à la bonne vieille rivalité de celui qui attirera le mieux l’attention de papa et maman. Le rabibochage annoncé par le titre n’aura donc pas lieu, mais passera quelque échappée nocturne dans la ville peuplée de rencontre d’inconnus ou de connaissances et par un épisode de ménage à trois bizarre.
People are strange
Ce goût pour toute la gamme de l’étrangeté, depuis les détails pittoresques censés amuser jusqu’au franchement malaisant fait de The Mend un film aussi mal aimable que ses deux personnages. La scène de la soirée où s’enchaînent les situations de drague gênante et de conversations déplacées agit dès le début comme un étalon de ce goût de la dissonance que Magary aime à travailler, comme en témoignent les violons grinçants de la musique originale. Ce côté mal assis du film, toujours entre deux genres et deux sentiments, ne parvient jamais à n’être plus qu’une pose, tout comme la structure lâche du scénario, au lieu de donner de la liberté au film, l’enferme dans un faux rythme mollasson. Présenté en première mondiale l’an dernier à Austin au SXSW, The Mend est reparti du dernier festival Entrevues de Belfort avec le Prix Ciné Plus, doté d’une aide à la distribution après une tournée de festivals mondiaux. On a en effet par moments l’impression que le film coche paresseusement les cases d’impératifs à remplir pour plaire en enchaînant les scènes comme des passages obligés. Mais ce qui rend son caractère antipathique impardonnable, c’est cette façon qu’il a de toujours attraper le spectateur par le bras pour chercher avec lui une connivence contre les personnages. En ressort la désagréable impression pour le spectateur d’être pris à partie au milieu d’une dispute familiale qui ne le concerne guère. Sans la réconciliation, donc.