À Deriva

À Deriva

de Heitor Dhalia

  • À Deriva

  • Brésil2009
  • Réalisation : Heitor Dhalia
  • Scénario : Heitor Dhalia, Vera Egito
  • Image : Ricardo Della Rosa
  • Montage : Gustavo Giani
  • Musique : Antonio Pinto
  • Producteur(s) : Fernando Meirelles, Andrea Barata Ribeiro, Bel Berlinck
  • Interprétation : Vincent Cassel (Mathias), Débora Bloch (Clarice), Laura Neiva (Filipa), Camilla Belle (Ângela), Max Huzar (Antônio), Cauã Reymond...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 9 septembre 2009
  • Durée : 1h41

À Deriva

de Heitor Dhalia

La dérive des sentiments


La dérive des sentiments

Vincent Cassel et la beauté montante hollywoodienne Camilla Belle (10000, Push) parlant portugais dans un film intimiste brésilien : voilà une affiche qui intrigue, qui intimide, voire qui fait un peu peur. Fausse alerte : si la présence d’une star à l’affiche a bien pour fonction première de s’attirer un public, celles d’À Deriva ne présentent jamais la menace de déséquilibre qu’on pouvait craindre (l’intention personnelle gâtée par les compromis commerciaux et la visibilité envahissante de certains), d’autant qu’elles campent des rôles où leurs images publiques les servent finalement assez bien. Un des atouts de ce film d’apprentissage à la démarche singulière, c’est bien cette capacité d’observer tous ses personnages avec un regard d’une empathie égale, sans échelle de valeur, puisqu’au fond ils sont tous logés à une même enseigne qui ne nous est pas étrangère.

Suivant le regard de Filipa, 14 ans et désirs naissants, le film d’Heitor Dhalia décrit les vacances d’été d’une famille secouée de tourments assourdis. Le père, écrivain d’origine française au comportement un brin immature (Cassel a rarement paru aussi adéquat à un rôle) avec qui elle nourrit une relation fusionnelle, trompe la mère portée sur la bouteille avec une Américaine plus jeune et plus sereine. Elle-même, traînant avec sa bande de copains, joue une valse-hésitation avec un garçon qu’elle désire vaguement, mais qui de ce fait entre malgré lui en concurrence avec le père. Ainsi se dessine un microcosme embrumé par l’incertitude des sentiments plus ou moins dits, par les mensonges de l’un à l’autre ou à soi-même, par les nœuds qu’on n’ose pas dénouer. Que ce soit un enfant devant la perte de son innocence ou un adulte faisant encore le deuil de celle-ci, personne ne se décide vraiment à avancer, à décider, à assumer, et même la hiérarchie parent-enfant s’en voit remise en question. Dans un cadre géographique mi-clos — la péninsule de Búzios, son ancien port de pêche, ses plages — tous ces personnages tournent en rond autour du carrefour qui se dessine pour leurs vies, tandis que leurs petits univers se délitent.

Heitor Dhalia n’est guère intéressé par la seule observation du mûrissement progressif de son protagoniste enfant, argument d’un film d’apprentissage typique. Le regard pointé sur tous ses personnages, il s’attache à traduire cet état de surplace collectif et de doute généralisé, point de convergence d’états mentaux individuels qu’il confronte avec un certain sens du naturel. Nature toujours, lorsque la caméra tâche de tirer parti du décor, caressant la plage, la mer et la falaise, privilégiant teintes chaudes et grain légèrement duveteux, pour suggérer à la fois, paradoxalement, la nudité vulnérable et l’étouffement des êtres incertains. Rien de très neuf, sans doute, dans cette illustration un brin systématique sagement complétée par la musique lente, mais le côté déjà vu des choix esthétiques n’entache qu’à peine le point de vue sans complaisance du cinéaste sur son sujet. Dhalia tient bon la rampe de son parti pris, soutient une empathie égale pour tous ses personnages : sous son regard, le mari adultère, la femme sous dépendance, l’enfant témoin, la maîtresse, tous se meuvent et se croisent dans le même milieu, sujets au fond à la même errance même s’ils la vivent différemment. Son film se garde bien de chercher à guider trop visiblement les directions des uns et des autres, respecte leur caractère erratique, joue des va-et-vient et des situations qui traînent, jusqu’à une fin en forme d’hypothétique recommencement où, si chacun a grandi un peu, l’avenir est à peine moins flou qu’avant. Une façon de rester fidèle à la part d’insolubilité de nos petits règlements de comptes avec nous-mêmes.

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